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L'article de la semaine

Proposition de Monique Thurin (École de psychosomatique)

Argument

Reprendre aujourd'hui ce texte de Freud, qu'il signale comme le premier cas d'analyse complète d'une hystérie, me semble très intéressant par rapport à une discussion sur la technique.
On voit Freud travailler autour du diagnostic (est-ce physique ou psychique ?), des objectifs (libérer la patiente de ses souffrances) et de la stratégie à adopter (technique, façon d'aborder le problème) qui va le conduire vers une théorie de l'hystérie dont il sera d'ailleurs critique.

J'ai essayé de suivre la démarche de Freud dans cette présentation, en donnant souvent des citations de l'auteur et en indiquant les pages afin de permettre au lecteur de pouvoir s'y reporter facilement (ces citations sont de couleur bleue).
A la fin de l'article on peut trouver quelques définitions qui sont, là encore, une base de travail.


FREUD, BREUER (1895). Elisabeth Von R. in Etudes sur l'hystérie, PUF - 7ème ed. 1981 (1ère édition PUF 1956)

Mademoiselle Elisabeth Von R. (par Freud) p 106

Malade envoyée à Freud par un confrère (1892).

1. Diagnostic symptomatique, syndromique et nosologique

Depuis deux ans : douleurs dans les jambes, marche difficilement.
Diagnostic d'hystérie posé par le médecin qui envoie la jeune fille à Freud.

2. Éléments d'histoire

Deuils : du père (terrassé par un oedème pulmonaire), de sa soeur (affection cardiaque après un second accouchement)
Maladie : sa mère subit une grave opération aux yeux.

Elisabeth est la cadette de trois filles. Sa mère a une maladie des yeux et souffre de troubles nerveux.
Elle est très attachée à son père qui était un homme gai. Il disait d'Elisabeth qu'elle remplaçait pour lui un fils et un ami avec qui il pouvait échanger des idées. Il disait qu'avec son caractère, elle aurait du mal à trouver un mari. Elle même était assez mécontente de sa féminité et forgeait des plans ambitieux dont elle pensait que le mariage pouvait les entraver. Elle s'occupe de lui pendant un an et demi. Elle dormait même dans sa chambre.

Au cours des 6 derniers mois de son travail d'infirmière, elle ressent pour la première fois le même symptôme dans la jambe droite dont elle souffre à présent. A cette période, les douleurs disparaissent rapidement. C'est deux ans après la mort de son père qu'elle se sent malade et que ses douleurs l'empêchent de marcher.
Après la mort de son père, elle se consacre entièrement à sa mère de plus en plus malade. A la mort de son père elle aurait conçu le projet de redonner à sa famille le bonheur perdu.

Sa soeur aînée se marie un an plus tard. Elisabeth se dispute sans cesse avec son beau frère.
La 2ème soeur se marie. Elisabeth s'entend bien avec son beau frère. Un enfant né de cette union est le préféré d'E.. L'année de sa naissance, les yeux de la mère d'E. l'obligent à rester dans le noir, elle s'y astreint aussi. Puis c'est l'opération des yeux de la mère.

Lorsque tout va bien, au cours de vacances passées avec les deux familles de ses soeurs, des douleurs et des troubles de la locomotion apparaissent chez Elisabeth. Elle devient la malade de la famille. Puis sa soeur, enceinte pour la seconde fois, meurt d'une affection cardiaque.

p.112 - "E. ne souffrit pas seulement de la perte d'une soeur tendrement aimée, mais presque autant des pensées que fit naître cette mort et les changements qu'elle entraîna".
p. 113 - "On se dit alors que la maladie de coeur était un héritage paternel..."

Son mari quitte la famille avec son fils qu'Elisabeth aimait beaucoup.
Depuis un an et demi, elle vit uniquement occupée à soigner sa mère.

Aucun succès ne résulta de ce récit.

3. Premier entretien avec Freud

La patiente a 24 ans.
Observation de Freud : intelligente, mine sereine "belle indifférence", marche le buste penché sans appui sans rappeler une démarche pathologique.

Plainte de la jeune fille
- souffre beaucoup et fatigue tout de suite en marchant
- bien qu'elle se repose très vite, les douleurs ne disparaissent jamais.
- ces douleurs se localisent à la face antéro-supérieure de la cuisse droite.

Examen clinique :
- hyperesthésie de la peau et des muscles à cet endroit, ainsi que sur presque toute la surface des deux jambes.
- muscle plus douloureux encore que la peau
- mobilité des jambes non diminuée
- réflexes d'intensité moyenne - cordons durs sensibles dans les masses musculaires.
Aucun autre symptôme ne peut faire présumer une grave maladie organique.

Observation de Freud :
- Les renseignements donnés par la patiente manquent de précision en ce qui concerne les douleurs.
- Au lieu d'avoir le comportement de quelqu'un qui souffre lors d'un examen clinique (échappement, impression de malaise, etc.) la patiente a une expression de satisfaction plutôt que de douleur (pousse des cris, rougit, renverse la tête et le buste en arrière, etc.) (C'est ainsi que Freud pose le diagnostic d'hystérie après avoir comparé la description des douleurs de sa patiente avec une sémiologie médicale connue).

p 108 - "l'expression du visage ne correspondait pas à la douleur que devaient soit disant provoquer les pincements de la peau et des muscles, mais sans doute concordaient-elles mieux avec le contenu des pensées à l'arrière-plan de cette douleur, contenu que l'excitation des parties du corps associées avec lui remettait au jour".
"probablement existait-il, comme nous l'avons indiqué, une altération organique des muscles servant de base à la névrose et dont celle-ci faisait ressortir de façon exagérée l'importance".

Questions de Freud :
- Pourquoi l'hyperalgie affecte-t-elle principalement les muscles ?
- Pourquoi cette zone inhabituelle hystérogène ?
Freud pose l'hypothèse d'une maladie mixte.

4. Traitement

Il est envisagé par Freud pour une maladie mixte, physique + psychique :
- faradisation des muscles [1]
- franklinisation énergétique des jambes [2]

Ce traitement est "exécuté"par Freud pour garder le contact avec la malade.

Légère amélioration. Préparation à un traitement psychique par l'autre médecin.

Après 4 semaines de ce "simulacre de traitement", la patiente accepte tout de suite la proposition de Freud d'engager une cure psychologique.

Première question : La malade connaît-elle l'origine et le motif de sa maladie ?
Freud soupçonne sa malade de connaître les motifs de sa maladie, il renonce alors à l'hypnose [3].

5. Technique

D'après Freud, ce fut sa première analyse complète d'un cas d'hystérie.

p.109 - "Je me faisais d'abord raconter par la malade tout ce qui lui était connu, en notant avec soin les passages où une association [4] demeurait énigmatique, où un maillon semblait manquer dans la chaîne des motivations"...

Pour raconter l'histoire de ses souffrances, la patiente est allongée, les yeux fermés sans lui interdire cependant d'ouvrir les yeux, de bouger de position ou même de s'asseoir.

Freud demande à sa patiente à quelle impression psychique est liée la première apparition des douleurs. Il utilise un procédé par pression sur la tête [5] car il s'aperçoit que l'hypnose ne met pas sa patiente dans un état différent que lors de son premier récit dont aucun résultat thérapeutique était apparu.
Il lui demande de lui faire part de tout ce qui surgit de ses pensées.
Elle lui dit qu'elle a pensé à une soirée où un jeune homme (proche de la famille d'E. V . R. dont le père guidait la carrière) l'a raccompagnée chez elle, à ce qu'ils s'étaient dit et à l'impression ressentie en retournant près de son père. Elle avait consacré une soirée dehors et trouva son père plus mal à son retour, elle se le reproche. Ce fut la dernière fois qu'elle abandonna son père pour toute une soirée et ne revit que très rarement cet ami. Puis à la mort du père, ce jeune homme s'est tenu éloigné et est ensuite parti vers d'autres voies.

p. 115 - "Cet échec de son premier amour la faisait encore souffrir chaque fois qu'elle y pensait".

Freud recherche dans ces récits, les causes des premières douleurs hystériques : mécanisme de conversion au service d'une défense (" la représentation érotique fut rejetée hors de l'association et l'affect qui s'y trouvait lié servit à augmenter ou à ranimer une douleur physique présente à ce moment-là (ou peu auparavant)")

p116 - "Il faut souligner que je ne réussis pas à prouver, à l'aide de ses souvenirs, que le conversion s'était bien effectuée au moment de son retour à la maison. C'est pourquoi je recherchais si d'autres incidents analogues ne s'étaient pas produits au cours de la cette maladie du père-".

Une période fructueuse de traitement débuta après la découverte du motif de la première conversion.
D'après la malade, les douleurs partent toujours de l'endroit où le père posait chaque matin sa jambe pour qu'elle change ses bandages ("elle me livrait ainsi l'explication de la formation d'une zone hystérogène atypique"p117.

Constatation de Freud : Lorsque la patiente arrive chez Freud, elle ne souffre pas ; puis, peu à peu, lors d'un souvenir évoqué la douleur arrive pour devenir très intense au point précis d'une révélation ; puis elle s'efface aussitôt dite.
Freud utilise la douleur de sa patiente comme d'une boussole du souvenir. Au cours de cette période d' "abréaction" [6], l'état de la malade s'améliore.

Le traitement révéla que les premières douleurs (de la déclaration de la maladie) remontaient à une promenade avec son beau-frère et des pensées qui y étaient associées : vivre heureuse avec un homme tel que celui-là.

"la malade terminait chaque fois le récit de toute une série d'incidents en se plaignant d'avoir douloureusement ressenti sa "solitude"(note du traducteur : se trouver debout seule). Elle avait le désir d'établir une nouvelle vie heureuse dans sa famille mais constatait qu'elle n'y parvenait pas et même qu'elle était convaincue qu'elle n'y parviendrait pas. Elle répétait sans cesse que ce qui lui était le plus pénible était le sentiment de son "impuissance"et son impression de "ne pouvoir avancer". Freud considère qu'il faut attribuer à ces réflexions une influence sur la formation de l'abasie [7] et "admettre qu'en cherchant directement quelque traduction symbolique de ses pensées pénibles, elle l'avait trouvée dans une intensification de ses douleurs" - p121.

"Par conséquent, cette abasie, au stade de développement où il me fut donné de l'observer, devait être regardée, non seulement comme une paralysie fonctionnelle créée par association psychique, mais encore comme une paralysie fonctionnelle symbolique" - p121.

Le travail avance bien et donne l'impression à Freud que "Tout se passait comme si elle lisait un gros volume illustré dont on aurait feuilleté les pages devant les yeux". p 121

Puis il repère que parfois bien que les traits de sa patiente la démentent, elle ne lui dit rien après que Freud lui ait mis ses mains en pression sur la tête : non elle ne voit rien. Alors que jusque là il n'insistait pas, il se met à insister et obtient de la patiente quelque révélation : il a découvert la résistance [8] .

L'échec du procédé ne se produisait que lorsque "Elisabeth se montrait enjouée et ne souffrait pas"... ensuite elle déclarait n'avoir rien vu mais après un long intervalle de temps, alors que son air préoccupé et sa mine tendue révèlent un processus psychique.

"Au cours de ce travail pénible j'appris à attribuer une grande importance à la résistance dont faisait preuve la malade lors du rappel de ses souvenirs et je groupai soigneusement les occasions où cette résistance se manifestait de la façon la plus évidente". p122

Malgré un travail important de cette analyse, Elisabeth n'est pas débarrassée de ses douleurs qui réapparaissent de temps en temps de façon intensive. Freud considère évidemment que le traitement n'est pas terminé.

Une promenade en compagnie de son beau frère lui fit percevoir la vie heureuse qu'elle pourrait avoir avec un tel homme. Le matin après le départ de sa sœur et son beau-frère, elle fit la promenade préférée du couple puis l'après midi prit un bain chaud, ses douleurs se révélèrent alors pour ne plus la quitter.
Lorsque Elisabeth se trouve devant le lit de mort de sa sœur, une fugace pensée s'impose à elle, son beau frère est libre et elle pourrait l'épouser.

"l'idée de la "défense"contre une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatique, la formation " par un acte volontaire aboutissant à une défense " d'un groupe psychique isolé". p124


Après un certain temps de traitement, il advint clair que la jeune fille ayant eu une tendre inclination pour son beau frère, une conversion hystérique était venue s'opposer à elle.

Freud expose "en termes précis" à sa patiente les faits qui lui dévoilent qu'en fait elle est amoureuse de son beau-frère depuis très longtemps. Elle est désespérée et lutte contre cette vérité.
Freud cherche alors le moyen de la soulager. D'abord il lui donne deux arguments "consolateurs" : "nous ne sommes pas responsables de nos sentiments" et également que son comportement et sa maladie témoignaient de sa haute moralité. Cependant, si ces deux arguments apaisent Elisabeth, ils ne la débarrassent pas de sa grande contrariété.
Un premier soulagement intervient lorsque par abréaction Freud lui fournit l'occasion de se débarrasser de tous ses émois accumulés. p125
Mais il put l'aider encore davantage en se préoccupant de sa situation présente.
Il s'entretint avec la mère de la jeune fille sur les éventuelles possibilités de donner suite à l'inclination de d'Elisabeth pour son beau frère et d'une histoire d'argent dont l'autre beau-frère avait accusé ce dernier. La mère dit qu'elle s'était aperçu de tout cela mais qu'il ne fallait pas y donner suite, suivant l'avis de tous les autres membres de sa famille, quant au problème de l'argent, le beau-frère avait été largement innocenté.
Freud fit part à la jeune fille de cet entretien, qui en fut soulagée.
La mère, quelques semaines après la fin du traitement envoie une lettre désespérée à Freud disant que les douleurs avaient repris et qu'E. allait très mal, qu'elle se sentait trahie par lui (sa mère lui aurait parlé de son amour pour son beau frère) et qu'elle ne voulait plus entendre parler de lui.
Cependant, deux mois plus tard la jeune fille allait très bien (Freud en fut informé par le médecin qui la lui avait envoyée). Elle finit même par épouser par inclination un étranger.

6. Analyse critique de Freud

Freud n'a jamais été vraiment satisfait de sa théorie de l'hystérie, particulièrement en ce qui concerne le phénomène de conversion.
Ce qu'il a mis en évidence, c'est que ce qui se cache derrière le symptôme hystérique, la conversion, est le désir sexuel [9] . Le symptôme représente la réalisation déguisée du désir, refoulé parce qu'il se heurte à l'interdit social, familial, ou religieux.
C'est d'abord la mise à jour du refoulement qui a permis à Freud de comprendre le mécanisme de l'hystérie. Le refoulement c'est-à-dire que l'idée intolérable est maintenue hors du conscient. On a vu que, pour Elisabeth, c'était l'amour pour son beau-frère, et toutes les pensées inavouables qui en découlaient. Les douleurs physiques prennent la place des douleurs morales. Il ne s'agit pas du tout d'un acte intentionnel volontaire mais d'un processus de défense. Le refoulement permet d'éloigner la satisfaction d'un plaisir qui risquerait de créer un déplaisir plus important .

Puis Freud s'est penché sur le sens qu'avait la conversion gréce à laquelle l'idée intolérable se trouve neutralisée par transmutation de l'excitation qui lui est rattachée en une forme signifiante d'expression corporelle. C'est ici qu'intervient la symbolisation qui n'est rien d'autre que d'être une possibilité de mettre un nom sur la souffrance que ressent la patiente.

Ce qui est traumatisant pour l'hystérique, dit Freud, ce sont les idées fugitives de la représentation intolérable (par exemple pour Elisabeth l'instant où, devant le lit de mort de sa soeur, elle pense que maintenant son beau frère est libre). Freud a remarqué que la conversion ne venait pas après l'acte ou la pensée traumatisants mais aux souvenirs de ceux-ci.

La détermination du symptôme hystérique n'était pas très évidente pour Freud "pourquoi des douleurs dans les jambes venaient-elles remplacer une souffrance morale ?". N'ayant pas trouvé d'explication psychique aux premières douleurs de sa patiente, Freud en déduit que celles-ci ne sont rien d'autre que des douleurs rhumatismales mais qu'elles étaient devenues "le symbole mnémonique de ses pénibles émois psychiques". En résumé que les douleurs ressenties à un moment donné lui avaient servi à symboliser ses douleurs morales actuelles. Donc :
- L'organe atteint a été antérieurement le siège d'une affection authentique.
- Cet organe est lié par une association d'idée à un désir inexprimable verbalement.


Ensuite il met en évidence le transfert [10] et son importance dans le déroulement de la cure analytique. C'est-à-dire que le souvenir est revécu (transféré) dans la cure avec la personne présente dans cette cure, c'est-à-dire l'analyste. Le transfert c'est le transfert des faits et des personnes du passé, vécu au présent.

Le symptôme hystérique est le produit d'un compromis entre deux forces de sens contraires le "désir"et "l'interdit" : principe de plaisir et le principe de réalité. Le désir, nous l'avons vu avec Elisabeth lié à des émois amoureux (par exemple lorsqu'elle passe la soirée dehors avec un jeune homme) et l'interdit ici par le fait qu'elle ne devrait pas être loin de son père malade, d'ailleurs elle le trouve plus mal à son retour .


La définition freudienne de la conversion suppose d'abord la notion de mémoire :

"C'est de réminiscence surtout que souffre l'hystérique" (p 5).
...... p 67 "nous désignons brièvement par "conversion"la transformation d'une excitation psychique en symptôme somatique durable".
.......p 139 "Les circonstances, dans le cas en question, indiquent que cette douleur somatique n'a pas été crée par la névrose, mais seulement que celle-ci s'en est servie, l'a augmentée et maintenue . J'ajouterai tout de suite que dans la plupart des algies hystériques qu'il m'a été donné d'observer, les choses se passaient de façon analogue : une douleur d'origine réellement organique avait réellement existé au début.
Ce sont les douleurs les plus communément répandues parmi les êtres humains qui semblent le plus souvent être appelées à jouer ce rôle dans l'hystérie ; en particulier les douleurs périostiques et névralgiques dans les maladies dentaires, les maux de tête émanant des diverses sources et, tout aussi souvent les douleurs rhumatismales musculaires si souvent méconnues"
...........
p 140 - "J'ai déjà dit, dans l'histoire du cas comment l'astasie-abasie de notre malade s'était bâtie sur des douleurs une fois qu'un chemin donné avait pu s'ouvrir à la conversion. Mais j'ai aussi soutenu l'idée que la malade avait créé ou accru son trouble fonctionnel par la symbolisation et qu'en compensation de son état de dépendance et de son impuissance à changer quoique ce soit aux conditions existantes, elle avait trouvé dans l'astasie-abasie une façon de s'exprimer : les phrases : rester clouée sur place, n'avoir aucun appui servent de fond à ce nouvel acte de conversion".




7. Notes

[1] TRAITEMENTS PAR FARADISATION

- C'est l'utilisation de courants interrompus, d'induction, de haute tension.
- Produits par des bobines d'induction de type Ruhmkorff ou Clarke.
- Utilisés pour ses effets sensitifs et moteurs, plus généralement action sur le système nerveux : Névralgie faciale, douleur, trismus, anesthésie.
Coffret d'électrothérapie électromagnétiques (servant à la faradisation) Construit par "L. Bonijol à Genève, Plain Palais n241. Fabrique d'appareils électromagnétiques et d'aimants artificiels ". Louis Bonijol (1796-1869) constructeur d'instruments scientifiques, inventa et perfectionna divers appareils électriques. Il s'intéressa spécialement aux bobines d'induction et travailla beaucoup avec le chercheur Auguste de la Rive, dont le traité d'"électricité théorique et appliquée "décrit, en 1854, ces "coffrets avec bobines à usage médical."

[2] TRAITEMENTS PAR FRANKLINISATION

- C'est l'utilisation d'électricité statique de très haute tension.
- Produits par des machines électrostatiques type Wimshurst, Carré ou Ramsden.
- Action sur la circulation sanguine, souffle électrique chargé d'ozone, traitement de la neurasthénie, migraine, hystérie, états douloureux en général.
Il est difficile de parler des débuts de l'électrologie médicale sans présenter la machine de Cavallo. Début 2001, lors d'une exposition temporaire très intéressante sur "Volta, de l'étincelle à la pile "au CNAM de Paris, était exposée une des premières machines destinées à l'électrothérapie ( ca.1800). La machine de Tiberius Cavallo fut utilisée pour des traitements d'électrothérapie par franklinisation. Elle était transportable. Le Cylindre en verre actionné par une manivelle se chargeait d'électricité statique gréce aux frottements ; les charges ainsi produites s'accumulaient sur le conducteur principal (gros tube en T) monté sur une colonne isolante, le patient isolé recevant directement l'électricité ou plus brutalement par l'intermédiaire d'une bouteille de Leyde chargée de la même manière. Dans la section médicale du musée on peut voir deux coffrets d'électrothérapie électromagnétiques construits par "L. Bonijol à Genève, Plain Palais n241. Fabrique d'appareils électromagnétiques et d'aimants artificiels ". Louis Bonijol (1796-1869) constructeur d'instruments scientifiques, inventa et perfectionna divers appareils électriques. Il s'intéressa spécialement aux bobines d'induction et travailla beaucoup avec le chercheur Auguste de la Rive, dont le traité d'"électricité théorique et appliquée "décrit, en 1854, ces "coffrets avec bobines à usage médical."Retrouvez cette doc sur http://www.bium.univ-paris5.fr/aspad/expo11.htm

[3] On peut trouver sur le site suivant un article intitulé Sigmund Freud et l'hypnose.

[4] L'association - Clef de voûte du principe de la cure en psychanalyse, l'association d'idées, dite aussi association libre, fait référence à la règle fondamentale qui consiste, pour le patient, à exprimer toutes ses pensées de manière spontanée, sans discrimination d'aucune sorte. Par cette méthode, celui-ci éliminera de sa pensée ses choix volontaires (constitutifs de la "seconde’ censure entre le conscient et le préconscient), révélant de la sorte ses défenses inconscientes, soumises quant à elles à la "première’ censure entre le préconscient et l'inconscient.

Technique d'investigation de l'ensemble du psychisme, cette expression définit ce qui structure de fait la relation analytique, la règle de l'"attention flottante’ pouvant constituer son corollaire le plus exact du côté du psychanalyste. L'apparition, difficile, de cette règle idéale reste par ailleurs subordonnée à sa nécessaire traduction dans le langage, compte tenu de la plus grande vitesse de la pensée.

Freud, qui avec d'autres en élabora le concept, y travailla approximativement de 1892 à 1898. L'association libre reste constitutive de l'histoire du mouvement psychanalytique et de la théorisation de l'inconscient.
...L'association libre repose sur le concept d'association selon lequel une "idée qui vient renvoie en réalité, toujours, à d'autres éléments. Il s'agit de séries associatives en relation directe avec les traces amnésiques et l'organisation de la mémoire, que Freud a lui-même qualifiée d'"archivage’. Il est à noter que ce "jeu’ de la mémoire n'a rien d'un caractère aléatoire; bien au contraire, la possibilité d'accès à la conscience, la variabilité du mécanisme de remémoration sont sous la dépendance directe des conflits défensifs propres à chaque individu. (hachette multimédia, entrée : association)

[5] - "Il fallait, pour cela, plonger la malade dans l'état hypnotique, mais malheureusement, je fus forcé de reconnaître que le procédé utilisé à cet effet ne parvenait pas à mettre la patiente dans un état différent à celui où elle m'avait fait sa confession. Jedus me tenir pour satisfait de ne pas l'entendre dire cette fois, d'un air triomphant :"vous voyez, je ne dors pas, il n'y a pas moyen de m'hypnotiser."Dans mon embarras, l'idée me vient d'utiliser le procédé par pression sur la tête, que j'ai exposé en détails dans une précédente observation, celle de Miss Lucy."(p114)

[6] Abreaction Réaction d'extériorisation par laquelle un sujet se libère d'un refoulement affectif. (Le Petit Robert)

[7] Abasie vient du grec, et est formé du a privatif et de basis, action de marcher. L'abasie est donc une extrême difficulté de la marche, voire l'impossibilité totale de marcher. Cependant, il faut distinguer l'abasie de la paralysie, en ce sens que, chez les sujets abasiques, il n'y a pas d'atonie (troubles du tonus) musculaire, ni d'absence de sensibilité ou de coordination musculaire.
Ce mot est employé dans des cadres sémiologiques et nosologiques très différents, car il est presque toujours associé à d'autres symptômes, qui plus est de pathologies très différentes. On ne pourra donc pas parler ici des traitements de l'abasie, dans la mesure où, comme on vient de le préciser, l'abasie est un symptôme parmi d'autres (souvent nombreux) et les traitements, complexes, sont à replacer dans un cadre bien spécifique. Ceci étant dit, la plasticité du cerveau est telle que, dans une certaine mesure seulement, vu le caractère souvent dégénératif des pathologies concernées, certains organes peuvent pallier d'autres organes déficients, à condition qu'on les y aide. A cette fin, la rééducation, en particulier dans l'eau, peut aider à un meilleur équilibre.
On parle :
- d'abasie-astasie, quand, en plus de l'incapacité de marcher, il y a incapacité à se tenir debout. L'astasie (du a privatif grec et de stasis, statique) est l'incapacité à maintenir la station debout. L'abasie est presque toujours liée à l'astasie.
- d'abasie ataxique, quand le sujet abasique présente aussi des troubles de coordination des mouvements.
- d'abasie choréique, quand le sujet abasique manifeste de la chorée aux jambes.
- d'abasie spastique (du grec, a privatif et spastikos, spasme) ou abasie paroxysmique trépidante, quand l'abasie est due à un tremblement et un raidissement soudain des jambes en se levant ou en marchant.

On peut classer les abasies dans deux catégories:
Les abasies organiques (due à une lésion d'un ou plusieurs organes) et les abasies psychiques, ou considérées comme telles, sans qu'on en connaisse aujourd'hui les véritables causes. (Cette définition est issue de l'Encyclopédie de la langue française)

[8] Résistance - Au cours de la cure psychanalytique, la résistance s'entend de tout ce qui dans les dires et les actions du patient met obstacle à l'accès de celui-ci à son inconscient. De façon plus extensive, Freud a parlé de résistance à la psychanalyse pour désigner l'attitude d'opposition à ses théories qu'il a pu rencontrer autour de lui, en particulier en ce qu'elles révélaient l'existence en chacun de désirs inconscients, et qu'elles provoquaient de ce fait chez l'homme ce qu'il appelle une "vexation psychologique’: "l'hostilité qu'on me témoigne, dit-il en1896, et mon isolement pourraient bien faire supposer que j'ai découvert les plus grandes vérités".
Freud se pose très tôt la question de l'origine de la résistance: dans les Études sur l'hystérie (1895), il la relie à l'approche de l'inconscient par le patient lui-même: la cure révèle en effet certains souvenirs qui sont groupés autour d'un noyau central pathogène. Plus le patient s'approche de ce noyau, dans l'évocation de ses souvenirs, plus la résistance s'intensifie comme pour contrarier la remémoration et réfuter toute interprétation.

Dans la Dynamique du transfert (1912), Freud met en évidence le mécanisme auquel se prête le patient qui s'approche très près de ce noyau pathogène : les associations libres lui font alors défaut et lui interdisent d'aller plus loin dans la connaissance du conflit qui se joue en lui. Il reporte alors ses pensées sur l'analyste, et actualise dans le transfert les pensées tendres ou au contraire agressives qu'il ne parvient pas à formaliser par des mots. C'est ainsi que le transfert lui-même en vient à constituer une résistance, dans ce lieu de la cure où le sujet "répète’ ce qui pour lui constitue un obstacle.

Les premiers textes de Freud situent l'origine de la résistance dans l'inconscient. Mais par la suite, avec la naissance de la seconde topique freudienne qui distingue trois instances psychiques nouvelles (le Ça, le Moi et le Surmoi), remplaçant désormais celles de la première topique (Inconscient, Préconscient, Conscient), la résistance est considérée par Freud comme un "mécanisme de défense" inhérent au Moi. Ce n'est donc pas l'inconscient qui constitue la résistance au travail de la cure ; ce qui fait obstacle, ce sont les mêmes "couches et systèmes supérieurs de la vie psychique qui avaient produit le refoulement en son temps’. Pourtant, Freud n'abandonnera jamais l'idée d'une résistance de l'inconscient (du Ça). Dans Inhibition, symptôme, angoisse (1926), il énonce en effet qu'à côté des trois résistances propres au Moi (refoulement, résistance dans le transfert et bénéfice secondaire de la maladie), il existe une résistance du Surmoi qui trouve sa source dans la culpabilité inconsciente et dans le besoin de punition propres à l'être humain. Il s'agit là d'une résistance spécifique qu'il définit comme "la force de compulsion de répétition, attraction des prototypes inconscients sur les processus".(hachette multimédia, entrée : résistance)

[9] A propos de la conversion et du désir - Ce n'est pas l'hérédité qui est la cause de l'hystérie, nous dit Freud. Sa découverte extraordinaire porte, rappelons-le, sur la notion d'inconscient et sur celle de l'existence d'une sexualité infantile.

Avec Breuer d'abord, Freud, écoutant ses patientes hystériques, découvrira que, dans la plupart des cas, il existe un traumatisme psychique de nature sexuelle. Au-delà de Breuer, il comprendra que ce traumatisme psychique s'analyse en une expérience sexuelle non pas voulue, mais subie du fait d'une intervention séductrice d'un adulte sur l'enfant. L'hystérie n'est autre qu'une réaction "après coup’ à la sexualité en tant que "perversion refusée’ (Lettre à Fliess, n° 52). Ainsi, la cause de la plupart des symptômes hystériques mérite d'être qualifiée de "traumatisme psychique" : le souvenir de ce choc agit à la manière d'un "corps étranger" dans le psychisme. "C'est de réminiscences que souffre l'hystérique". Le traumatisme en cause est donc toujours lié à une expérience sexuelle précoce vécue avec déplaisir par les garçons comme par les filles, car l'hystérie n'est pas exclusivement rattachée aux femmes.

Hystérie de conversion et hystérie d'angoisse

C'est à partir de ces découvertes que Freud mettra en évidence la notion d'hystérie de conversion, "saut du psychisme dans l'innervation somatique" qui révèle le lien existant entre la parole et le symptôme. La "conversion" est en effet une "transposition d'un conflit psychique et une tentative de résolution de celui-ci dans des symptômes somatiques (une paralysie par exemple) ou sensitifs (des anesthésies ou des douleurs localisées par exemple)" (J. Laplanche et J.B. Pontalis). C'est dire que le passage du conflit inconscient dans le corps se manifeste par des troubles qui évoquent des maladies organiques: il peut s'agir de troubles paroxystiques, comme la "grande crise’ à la Charcot, débutant par une "boule dans la gorge’ et des troubles visuels, suivis par une perte de connaissance avec raideur et mouvements convulsifs de type épileptique. La récupération est marquée par des attitudes théétrales et passionnelles. Quant aux anesthésies et paralysies, elles s'analysent en conversions plus durables: contractures, spasmes et tremblements, troubles sensoriels et visuels ne respectent pas l'organisation anatomique et sont variables, sensibles aux événements. (Hachette Multimédia - entrée hystérie)

[10] Transfert. En psychanalyse, la notion de transfert est fondamentale et prend un sens radicalement autre. Dans son sens le plus large, le transfert désigne le fait qu'un sujet se met à actualiser sur une autre personne des désirs ou des situations inconscients, liés à son propre passé.

Le transfert a lieu le plus souvent dans le cas où l'un des interlocuteurs occupe, par rapport à l'autre, une situation socialement privilégiée, par exemple dans les rapports malade-médecin, élève-professeur, pénitent-confesseur, etc.

Dans un sens plus étroit, le transfert désigne la même actualisation d'émotions anciennes lorsqu'elle se produit au cours de la cure psychanalytique et qu'elle y joue un rôle. Dans la cure, le transfert se manifeste en ce que le patient se met à témoigner à l'analyste qui le soigne une affection exagérée ou une hostilité marquée (ou, le plus souvent, un curieux mélange des deux). Ces sentiments, qui sont sans rapport avec la situation présente, traduisent en fait d'anciens désirs du malade devenus inconscients et que la cure a fait en quelque sorte resurgir. Ils sont particulièrement nets lorsqu'il s'agit de l'actualisation d'une situation œdipienne, l'analyste incarnant alors le rôle du père. D'un point de vue plus théorique, le transfert vient de ce que le sujet répète dans le présent (sur la personne de l'analyste) une partie des événements liés à la situation traumatisante passée, ceux qu'il a le plus profondément refoulés. Il y a donc une sorte de rapport inverse entre les souvenirs que la cure fait remonter à la conscience et ceux qui sont revécus dans le transfert.

Freud mit un certain temps avant de découvrir que le transfert était une étape indispensable de la cure, un moyen thérapeutique (et même "le plus puissant de tous’), puisqu'il place l'analyste en présence de l'essentiel de ce qui avait été refoulé.

La "névrose de transfert’ se substitue à la névrose initiale, ce qui favorisera la découverte de la névrose infantile. Toutefois, Freud signale que le transfert peut s'opposer à la remémoration du matériel refoulé et qu'il convient de maintenir un état de frustration chez le patient, sans qu'il s'agisse d'une influence exercée sur lui par le thérapeute (règle de l'abstinence).

Le contre-transfert est constitué par l'ensemble des réactions inconscientes vécues par l'analyste à l'égard de l'analysé et, surtout, de son transfert. Il doit être réduit, de façon à ne pas "recouvrir" le transfert du patient; il permet d'interpréter des expressions de l'inconscient chez l'analysé; la résonance entre l'inconscient du patient et celui de l'analyste constitue une situation idéale.


Dernière mise à jour : 2025