Psychanalyse, psychosomatique et neurosciences
Dr Jean-Michel Thurin
Psychiatre-psychanalyste
Ecole de psychosomatique
RŽdacteur en chef de Pour la Recherche
Co-coordonnateur D.U. stress, traumatisme et pathologies (Paris 6, PitiŽ-Salptrire)
www.ecole-psychosomatique.org - www.techniques-psychotherapiques.org

QuÕallons-nous aborder ?
La question des relations entre psychanalyse, psychosomatique et neurosciences est dÕactualitŽ. DÕun c™tŽ, elle sÕexprime dans de multiples articles et ouvrages. De lÕautre, elle est lÕobjet dÕun refus catŽgorique. Le propos de cette prŽsentation est de montrer comment le dialogue a ŽtŽ rompu et comment il est devenu aujourdÕhui possible et sans doute indispensable. Ce nouveau dialogue, qui dŽmontre la proximitŽ et la complŽmentaritŽ des modles du psychisme de la psychanalyse et des neurosciences contemporaines sÕavre utile  non seulement dans la perspective du dŽveloppement des connaissances, mais Žgalement Š et peut-tre surtout -  dÕun Žclaircissement de nombreux aspects des pratiques psychothŽrapiques restŽs jusquՈ prŽsent du domaine de lÕexpŽrience empirique.
Cette prŽsentation comprend 5 parties : 1. les conditions historiques de la sŽparation de la psychanalyse de la neurologie ; 2. le modle freudien du psychisme ; 3. Le moment dÕun dialogue : convergence et articulations du modle des neurosciences et de la psychanalyse ; 4. La psychosomatique, ˆ la lumire du stress et de la neuro-psycho-endocrino. Immunologie : un nouveau modle dÕintŽgration ? ;  5. ConsŽquences pour la pratique et conclusions.

Histoire dÕune divergence
La formation initiale de Freud
1880. Freud suit lÕenseignement de Meynert (clinique psychiatrique) neuro-anatomiste, auteur dÕun ouvrage de psychiatrie basant la classification des troubles sur une base purement anatomique et de von BrŸcke (physiologie) qui introduit ˆ lՎcole de Vienne la mŽdecine moderne de laboratoire.
Von BrŸcke est lui-mme lՎlve de Helmholtz pour lequel Ē seules des forces physico-chimiques sont ˆ lÕĻuvre dans lÕorganisme Č
La neurologie clinique repose sur la mŽthode anatomo-clinique :  reconstituer lÕorigine physique dÕun trouble, ˆ laquelle on nÕa pas accs directement, ˆ partir de lÕinvestigation clinique et de sa description et la rŽfŽrer aux lŽsions anatomiques constatŽes dans des cas similaires.
Un certain nombre dÕaires localisŽes sont ainsi dŽcrites comme le support de fonctions (expression et comprŽhension verbale, mouvement, reconnaissance dÕobjets, etc.)

La double formation de Freud
1885 - 1886. SŽjour de Freud ˆ Paris
LՎcole franaise (Charcot) met lÕaccent sur le c™tŽ clinique : Ē mme si cela va ˆ lÕencontre de la thŽorie (neurologique) les faits cliniques passent dÕabord Č (Freud : Ē Charcot Č 1893)
Des troubles comme les nŽvroses - hystŽrie et neurasthŽnie en particulier nÕont pas montrŽ ˆ lÕautopsie de lŽsions comme cela avait ŽtŽ trouvŽ avec dÕautres troubles Ē nerveux Č
DiffŽrence avec lՎcole austro-allemande qui portait davantage son attention sur le c™tŽ anatomique.
Retour ˆ Vienne et accueil glacial. Mise en Ļuvre de travaux Ē neuro-psychologiques Č (aphasies, paralysies,É )

Contribution ˆ lՎtude des aphasies (1891)
LÕanalyse fonctionnelle, par Freud, des aphasies le conduit ˆ la conclusion que ces facultŽs
ont leur propre organisation interne ;
se dŽcomposent suivant la logique fonctionnelle de leur propre construction interne, et non selon lois structurales et disposition de l'anatomie cŽrŽbrale ;
sont, dans leur essence, des processus dynamiques ;
proviennent d'un jeu complexe de forces entre des fonctions composantes plus ŽlŽmentaires, qui sont constamment restructurantes et re-adaptantes aux changements de circonstances ;
doivent tre considŽrŽes comme des processus -- les rŽsultantes dynamiques d'interactions entre les ŽlŽments statiques du systme nerveux ;
leurs corrŽlations physiologiques ne peuvent donc jamais tre localisŽes dans des centres anatomiques discrets.

Freud prŽcise sa position relativement aux neurosciences
Ē CÕest un rŽsultat inŽbranlable de la recherche, que lÕactivitŽ animique est liŽe ˆ la fonction du cerveau comme nul organe.
On est menŽ un peu plus loin - on ne sait jusquÕo - par la dŽcouverte de lÕinŽgalitŽ de valeur des parties du cerveau et de leur relation spŽcifique ˆ des parties du corps dŽterminŽes et ˆ des activitŽs dŽterminŽes de lÕesprit.
Mais tous les essais pour deviner, ˆ partir de lˆ, une localisation des processus animiques, toutes les tentatives pour penser les reprŽsentations comme emmagasinŽes dans les cellules nerveuses, et pour faire voyager les excitations sur des fibres nerveuses, ont radicalement ŽchouŽ.
Le mme destin attendrait une doctrine qui prŽtendrait , par exemple, reconna”tre le lieu anatomique du systme Cs, de lÕactivitŽ de lՉme consciente, dans lՎcorce cŽrŽbrale, et placer les processus inconscients dans les parties sub-corticales du cerveau.
Il y a lˆ un vide bŽant dont le comblement nÕest actuellement pas possible et ne relve dÕailleurs pas des t‰ches de la psychologie
Notre topique psychique nÕa, provisoirement, rien ˆ voir avec lÕanatomie, elle est ne relation avec des rŽgions de lÕappareil animique, o quÕelles puissent tre situŽes dans le corps et non avec des localitŽs anatomiques Č
Freud S. LÕinconscient, 1915, In Īuvres compltes, Vol 13, pp 213-14

En rŽsumŽ
Dans ses rapports aux neurosciences
Freud se sent moins liŽ par le versant anatomique de la neurologie aprs son passage ˆ la Salpetrire et sa dŽcouverte dÕune mŽthode Ē clinico-descriptive Č qui a sa propre cohŽrence.
Ses travaux Ē neurologiques Č intgrent le conflit et ouvrent ˆ la dynamique fonctionnelle sans renoncer au parallŽlisme psychophysiologique.
Maintenant le principe de ce parallŽlisme, il Žlabore, ˆ partir  de sa formation initiale et de la clinique un systme virtuel qui trouvera Žventuellement ultŽrieurement sa validation.
Les ma”tre mots de ce modle sont : processus dynamique mŽmorisŽ, restructurations permanentes, non localisation.

Modle freudien du psychisme
Contribution ˆ la conception des aphasies (1891)
Projet pour une psychologie scientifique (1895)
LÕinterprŽtation des rves (1900)
LÕinconscient (1915)
Quatre aspects centraux de ce modle  seront prŽsentŽs
RŽseaux neuronaux et mŽmoire
Traces mnŽsiques et reprŽsentations
Conscience
Inconscient(s)

RŽseaux neuronaux et mŽmoire
La mŽmoire est distribuŽe dans des complexes neuronaux qui se constituent en fonction de lÕintensitŽ des stimuli, de leur rŽpŽtition et de leur simultanŽitŽ [1].
Le corrŽlat physiologique de la reprŽsentation nÕest pas quelque chose qui est au repos, mais plut™t quelque chose de la nature dÕun processus. LorsquÕil sÕest dŽroulŽ, il laisse une modification des connexions neuronales (les frayages) auxquels correspond la possibilitŽ dÕun souvenir [2].
Ce processus est dirigŽ en fonction des connexions Žtablies, mais Žgalement de mŽcanismes dÕattraction par des neurones dŽjˆ investis (en particulier du fait de lÕattention et du principe de plaisir) : rŽgulation par le moi [3]

Activation du rŽseau
LÕactivation du systme de mŽmoire provient de deux sources, externe et interne
Source externe : stimulations sensorielles
Sources internes
Pulsion (source continue)
Se manifeste ˆ partir dÕun effet de seuil et devient continue dans certaines conditions dÕexcs
NŽcessite une action spŽcifique pour cesser
Ne peut trouver de rŽsolution chez le nourrisson et nŽcessite une aide extŽrieure, c-a-d Žgalement lÕattention de lÕautre. Elle acquiert une fonction secondaire : celle de la comprŽhension mutuelle. Ē LÕimpuissance originelle de lՐtre humain devient ainsi la source premire de tous les motifs moraux Č*.
RŽgulations ŽlŽmentaires, expŽriences biologiques fondamentales, expŽriences vŽcues : sentiments et affects

Traces mnŽsiques et reprŽsentations
ReprŽsentations de mot et de chose
La reprŽsentation de mot appara”t comme un complexe reprŽsentatif clos, la reprŽsentation dÕobjet par contre comme un complexe ouvert.
La reprŽsentation de mot nÕest pas reliŽe ˆ la reprŽsentation dÕobjet par toutes ses parties constituantes, mais seulement par lÕimage sonore.
Parmi les associations dÕobjet, ce sont les visuelles qui reprŽsentent lÕobjet de la mme faon que lÕimage sonore verbale avec les autres associations dÕobjet ne sont pas indiquŽes

Conscience
Une partie du systme prŽconscient (Pc-Cs)
Ē le conscient (qualitŽ sensorielles + plaisir-dŽplaisir) reprŽsente la face subjective dÕune partie des processus physiques se produisant dans le systme neuronal, nommŽment les processus perceptifs Č [1]
La prise de conscience des processus de pensŽe dŽpend de leur association avec des Ē restes verbaux Č (rŽactivŽs et re-prononcŽs ˆ lՎtat dՎbauche au cours de la pensŽe) Naissance de la psychanalyse [2]
Pour que soit confŽrŽe une qualitŽ aux processus de pensŽe, ceux-ci sont associŽs, chez lÕhomme aux souvenirs verbaux, dont les restes qualitatifs sont suffisants pour attirer sur eux lÕattention de la conscience, ˆ partir de quoi  un nouvel investissement mobile se dirige sur la pensŽe [3]

LÕinconscient psychanalytique
Trois perspectives diffŽrentes
Inconscient rŽprimŽ ou dynamique : Ē lÕInconscient Č : pulsions inconscientes, dŽfenses, conflits -> refoulement de la reprŽsentation de mot
Inconscient prŽconscient : la plus grande partie de la vie mentale est inconsciente, mais une partie dÕelle peut devenir consciente par le mŽcanisme de lÕattention -> associe reprŽsentations de mot et de chose
Inconscient des traces, des habitudes, É (mŽmoire procŽdurale) -> ne sera jamais conscient

Vers une convergence ?
Les neurosciences aujourdÕhui
Dans les paradigmes actuels, le cerveau a une activitŽ intrinsque, est hautement intŽgrŽ, interactif avec lÕenvironnement, et orientŽ vers un but, avec des prŽdictions opŽrant ˆ chaque niveau, des systmes les plus bas jusquÕaux fonctions les plus ŽlevŽes de la pensŽe abstraite (Pally, 2004, citŽ par Grobstein 2004). Son extrme complexitŽ et sa richesse  constituent lÕenjeu du 21me sicle*.

Vers une convergence
Une ouverture mŽthodologique
approche par niveaux
DiffŽrentes disciplines peuvent aborder un objet commun ˆ diffŽrents niveaux dÕapproche, molŽculaire, cellulaire, physiologique, clinique, social
Les questions qui se posent sont celles des articulations et des rapports entre un niveau et un autre
approche fonctionnelle des processus : Luria*, Kandel
identifier les diffŽrents composants qui contribuent, par interaction dynamique, ˆ la facultŽ psychologique
dŽceler comment un ŽlŽment particulier (par exemple, lÕhyperŽmotivitŽ) peut, sans tre la cause initiale, tre la source dÕun dysfonctionnement plus gŽnŽral.
Pour accŽder ˆ des niveaux plus profonds, il est nŽcessaire de constituer une relation analytique dans une configuration professionnelle fiable, dans laquelle il est possible de travailler
possibilitŽs dÕobjectivation :
imagerie mŽdicale ; sophistication  des mŽthodes de recueil et dÕanalyse des donnŽes cliniques

"Un appel au dialogue (..."
Un appel au dialogue (1)
E Kandel est un tŽmoin et un acteur actuel de cette problŽmatique.
Il en pose le diagnostic :
la psychanalyse
reprŽsente encore la vision de lÕesprit la plus cohŽrente et la plus satisfaisante intellectuellement
a aidŽ ˆ dŽvelopper chez les mŽdecins des voies directes et respectueuses dÕinteraction avec les patients malades mentaux, et a conduit ˆ une perspective  sur la maladie mentale moins stigmatisŽe socialement
est actuellement en dŽclin du fait de sa fermeture vis ˆ vis de la biologie, des neurosciences et de la mŽthode scientifique

"Un appel au dialogue (..."
Un appel au dialogue (1)
Et la thŽrapeutique
Inscrire la psychanalyse comme une discipline pilote des relations entre clinique et neurosciences.
Jeter un pont entre les Ē hypothses Č de la psychanalyse et les connaissances actuelles en neurobiologie
Ē rŽŽcrire la mŽtapsychologie sur un fondement scientifique Č dans une coopŽration psychanalyse-neurosciences ˆ partir de thmes spŽcifiques
Il y apporte sa contribution en apportant lՎclairage des neurosciences sur 8 points clŽs

"Une dŽmarche non isolŽe É"
Une dŽmarche non isolŽe É
On pourrait lui associer celles* de
Luria
Edelman, Damasio
Green, Widlšcher É
Solms et le courant de neuro-psychanalyse
Et dÕun ensemble de psychanalystes et de chercheurs (Stern, Westen, Shevrin, Grobstein É) qui ont recherchŽ plut™t des solutions dans le dialogue et lÕarticulation que le clivage
Deux ordres de questions se posent
La comparaison et la compatibilitŽ des modles
Celle dÕapports rŽciproques et de travaux communs entre psychanalyse et neurosciences

"Des points dÕarticulation (1)"
Des points dÕarticulation (1)
Le point le plus important est peut-tre celui de la dŽmonstration de relations constantes et permanentes entre gŽnŽtique et environnement.
 La plasticitŽ neuronale en est une application ˆ un niveau, les mŽmoires, les circuits du stress et les interactions prŽcoces ˆ un autre niveau
LÕexistence des processus inconscients nÕest plus discutŽe. La diffŽrenciation des mŽmoires explicite et implicite ouvre ˆ la distinction des processus conscients et inconscients.

"Des points dÕarticulation (2)"
Des points dÕarticulation (2)
DÕores et dŽjˆ, diffŽrents travaux (plasticitŽ cŽrŽbrale, mŽmoires procŽdurale et dŽclarative, priming, interactions prŽcoces et ultŽrieures, conscience, mŽcanismes de dŽfense*,É) montrent que les connaissances des neurosciences ne sÕopposent pas et mme convergent avec le modle freudien du psychisme et celui de ses successeurs.
Un nouvel espace se situe dans le dŽveloppement de la branche psycho-neuro-endocrinologique-immunologique des neurosciences concernant les travaux sur le stress et le traumatisme et leurs relations aux pathologies mentales et autres**.
         PlasticitŽ neuronale et mŽmoire, comportement et interaction, mŽmoires, conditions et fonctions, conscience


PlasticitŽ neuronale et mŽmoire
LÕenvironnement sÕexprime sur un mode gŽnŽtique
En particulier, l'efficacitŽ des synapses peut se modifier
les modulations du fonctionnement des synapses sont essentielles pour l'apprentissage et la mŽmoire
La phosphorylation des protŽines dans la synapse joue un r™le important pour l'apparition d'une forme de mŽmoire immŽdiate
La constitution d'une mŽmoire ˆ long terme demande en plus une synthse de protŽines qui induisent, entre autres, des modifications dans la forme et le fonctionnement de la synapse.
Les changements anatomiques dans le cerveau se produisent tout au long de la vie ; ils modlent les capacitŽs pratiques et le caractre dÕun individu.

PlasticitŽ neuronale et interactions :
le modle de Kandel
DiffŽrenciation des mŽmoires
explicite (consciente)
implicites (inconscientes)
MŽmoire procŽdurale : procŽdures et manires de faire (jouer du piano, apprŽcier les rgles implicites dÕune conversation, savoir faire fonctionner une grue au cm prs sans pouvoir le dŽcrire, avoir la bonne intervention sans pouvoir lÕexpliciter)
MŽmoire associative : le priming. Intervention de marquages inconscients sur les rŽponses ultŽrieures orientant les associations
En dehors de la conscience, capacitŽ de construction de relations entre affects et reprŽsentations

Influence ‰ge et contexte Žmotionnel sur mŽmorisation. ConsŽquences sur lÕexpression actualisŽe.
RŽseaux neuronaux et conscience
Le dŽpart :
DiversitŽ des systmes nerveux individuels
DiversitŽ des mondes vŽcus
La sŽlection neuronale
Construction : les neurones les mieux adaptŽs sont sŽlectionnŽs dans la diversitŽ de dŽpart
DŽveloppement : renforcement ou affaiblissement de certains rŽseaux  de synapses : cartes cŽrŽbrales
Connexion intercartes par rŽentrŽe des signaux. DiffŽrents niveaux dÕinscription conscience primaire (apprentissage et abstraction) ˆ conscience supŽrieure (symbolisation, mŽmoire explicite)

En rŽsumŽ
ƒvidemment, il nÕest pas possible dÕidentifier point ˆ point le modle freudien du psychisme ˆ celui actuel des neurosciences.
En revanche on peut dire quÕil lui est structurellement compatible dans quatre registres au moins
mŽmoire connexionniste,
distribution fonctionnelle des facultŽs mentales,
niveaux dÕinconscient (lÕinconscient dynamique nՎtant actuellement prouvŽ expŽrimentalement),
distinction de la mŽmoire narrative (reprŽsentations de mot et dÕobjet) de celle constituŽe des diffŽrents ŽlŽments, encha”nements et logique des interactions, participant ˆ la constitution des reprŽsentations de chose.

Psychosomatique
Le champ de la psychosomatique est organisŽ actuellement par le concept de stress
Ce concept, initialement identifiŽ au syndrome dÕadaptation, sÕest progressivement complexifiŽ et prend en compte les dimensions qualitatives, dÕhistoire et de spŽcificitŽ individuelle et inter-individuelle
Le stress est un processus dont un des aspects  Žtonnants est son implication dÕun Ē module commun psychosomatique Č intŽgrant la rŽponse ˆ des ŽvŽnements aussi bien somatiques que psychologiques
Il se prte ˆ une analyse par niveaux et par p™les fonctionnels.
Le cerveau tient une double place : organe intŽgrateur et support des fonctions mentales. Cette double fonction se retrouve dans dÕautres organes comme la peau, lÕintestin, le cĻur,
Seuls seront abordŽs ici
stress pŽrinatal et dŽveloppement
consŽquences secondaires (dŽpression, anxiŽtŽ, troubles somatiques pŽriph.)

Stress : dŽfinition
Le stress est un processus biologique
Il est engagŽ par tout ce qui anime un tre vivant ou le conduit ˆ se dŽfendre
ƒvŽnements/situations Ē psychiques Č
ƒvŽnements/situations Ē somatiques pŽriphŽriques Č
Sa rŽponse utilise quatre grands systmes
1) nerveux central; 2) nerveux autonome;
3) neuroendocrinien; 4) immunitaire
Son objectif premier est lÕadaptation (Ē au service de lÕinstinct de vie Č Freud)
Ē rŽponse non spŽcifique que donne le corps ˆ toute demande qui lui est faite Č Ē dŽlimitŽe en 3 temps Č Selye

Systmes, mŽdiateurs, rŽgulations
Phases prŽcoces
Phases prŽcoces
LÕappel et les rŽponses qui lui sont donnŽes constituent un premier prototype de de la rŽaction de stress et de la rŽaction interpersonnelle qui lÕaccompagne*
 La sŽparation en est un second prototype

Stress prŽcoce de lÕenfant : consŽquences
Le stress prŽcoce par nŽgligence ou par abus accro”t le risque dՎtat de stress post traumatique tout au long de la vie et dans des circonstances actualisŽes (chez 1/3 des personnes concernŽes / 10%)
Les victimes dÕabus physique ou sexuel durant lÕenfance, sont ˆ lՉge adulte ˆ risque considŽrablement plus important, quÕil sÕagisse des maladies mentales (dŽpression, anxiŽtŽ, É) ou de troubles tels que les maladies cardiaques et le diabte
Dans certaines Žtudes, les consŽquences dÕune nŽgligence durable sont plus importantes que celles de lÕabus.

Stress prŽcoce : modles animaux
Niveau physiologique :
1. la double implication du CRF
Niveau physiologique :
2. cortisol et rŽcepteurs
Niveau gŽnŽtique et environnement :
 Modles animaux
ConsŽquences du stress
Histoire dÕune maladie
Effets sur lÕhippocampe
Action des glucocortico•des sur lÕhippocampe
Atrophie dÕabord rŽversible
Dommages permanents : troubles de la mŽmoire

ƒtudes
DŽpression (Harris et al 2000)
ƒtude chez une population de femmes de lÕinfluence dÕune ŽlŽvation du taux de cortisol matinal sur la survenue dÕune dŽpression majeure.
Des niveaux ŽlevŽs de cortisol salivaire sont associŽs avec le dŽclenchement dÕune dŽpression en relation avec dÕautres facteurs de vulnŽrabilitŽ : faible estime de soi, interactions nŽgatives persistantes avec un proche, dŽpression ou anxiŽtŽ sub clinique, intervention dՎvŽnements de vie.
Cancer (Maunsell 1995)
224 femmes avec un diagnostic rŽcent de cancer du sein. interrogŽes pour savoir si elles avaient eu un confident avec lequel elles avaient parlŽ de leurs problmes personnels dans les 3 mois suivant leur opŽration.
suivies durant 7 ans. Le pourcentage de survie chez les femmes sans confident Žtait 56% et de 72% pour les femmes avec au moins un confident. Les pourcentages de survivantes ˆ 7 ans sÕaccroissaient suivant que les femmes rapportaient avoir respectivement 0, 1 ou 2 confidents. La variable Ē confident Č Žtait plus importante que celle du choix entre deux procŽdures de traitement (16% versus 6%)
Sida (Leserman 1999)
Quatre-vingt deux hommes sŽropositifs ont ŽtŽ suivis pendant 5 ans1/2. progression plus rapide vers le SIDA associŽe avec davantage dՎvŽnements stressants, davantage de sympt™mes dŽpressifs et moins de support social. Quand les trois variables sont analysŽes ensemble, le stress et le soutien social restent significatifs.
A 5ans1/2, la probabilitŽ dÕavoir le SIDA est deux ˆ trois fois plus importante parmi ceux qui sont au dessus de la moyenne pour le stress ou au dessous de la moyenne pour le soutien social en comparaison avec ceux qui sont respectivement au dessous de la moyenne pour le stress et au dessus pour le support social.

RŽsumons
Le stress que constitue lÕabsence (durable) de rŽponse ˆ un appel,  une sŽparation prŽcoce de lÕenfant de sa mre, une insŽcuritŽ de base produit une rŽaction chez lÕenfant qui est emmagasinŽe de faon primaire dans le systme de la mŽmoire procŽdurale, le seul systme de mŽmoire bien diffŽrenciŽ quÕil possde prŽcocement dans sa vie ;
Cette inscription dans la mŽmoire procŽdurale peut conduire ˆ un cycle dŽlŽtre  de changement (renforcement chronique de la rŽaction de stress) avec renforcement rŽciproque de vulnŽrabilitŽ - interactions inadaptŽes - psychopathologie.  Celle-ci va  se traduire, aprs une longue phase de troubles fonctionnels, par diffŽrentes pathologies jusquՈ  dommages cŽrŽbraux (notamment, hippocampe) et extra-cŽrŽbraux (notamment, rŽactions inflammatoires (hyper ou hypo cort)
Ce processus de constitution dÕune vulnŽrabilitŽ consŽcutive au traumatisme dans le rapport ˆ la rŽalitŽ (vulnŽrabilitŽ hors-conscience sensible aux indices associŽs au traumatisme) sÕexprime donc ˆ diffŽrents niveaux de lÕorganisme et est un facteur de risque de pathologies.
Une question majeure qui se pose est lÕinterruption du cours naturel de ce cercle vicieux et son inversion en un processus de rŽparation et de dŽveloppement. Deux facteurs semblent nŽcessaires pour y contribuer : le rŽtablissement dÕune relation qui va se situer pour partie dans des espaces dÕinteraction originaires, impliquant la sŽcuritŽ de base ; la symbolisation de relations primaires participant de la construction de lÕidentitŽ.

ConsŽquences thŽrapeutiques
Des changements structuraux de la mŽmoire impliquent insight et perlaboration dans contextes diffŽrents.
La mŽmoire ne se rŽduit pas ˆ la mŽmoire dŽclarative mais implique Žgalement la mŽmoire procŽdurale.
Certaines situations (prototypes dÕinteraction, ant. ˆ 2 ans, traumatismes non-pensŽs, mŽcanismes de dŽfense,É) en sont captives -> nŽcessaire processus de symbolisation
Certaines changements portant sur la mŽmoire dŽclarative peuvent induire un changement associŽ de la mŽmoire procŽdurale.
LÕidentification de la mŽmoire impliquŽe permet permet de mieux situer si la rŽfŽrence est celle de lÕinconscient psychodynamique (refoulement, conflit) ou de lÕinconscient prŽ-objectal et prŽ-symbolique.  Le choix des attitudes thŽrapeutiques, prenant en compte dans le seconde cas les mŽcanismes de dŽfense primaires (Žvitement, test voire rejet du lien) liŽs ˆ lÕinsŽcuritŽ et au traumatisme en dŽcoule.

Conclusions
La psychanalyse peut apporter ˆ la biologie un cadre gŽnŽral dÕarticulation de diffŽrents registres : dŽveloppement, mŽmoires, motivation, crises, interactions subjectives = une apprŽhension de la complexitŽ de la subjectivitŽ humaine dans sa rŽalitŽ.
La biologie peut aider la psychanalyse au niveau de la connaissance des mŽcanismes, et des circuits dÕinteraction ; elle ouvre la possibilitŽ dÕun abord expŽrimental de certains aspects particuliers.
La psychosomatique remet dŽfinitivement en question le clivage corps-esprit, dŽmontre lÕaspect longitudinal de nombreux troubles, pose la questions de lÕarticulation des interventions dans un systme intŽgrŽ complexe.
DÕores et dŽjˆ, un certain nombre de travaux sont en cours concernant lÕinsight, la conscience, les mŽcanismes de dŽfense, le rve, lÕaffect, le dŽveloppement de lÕenfant, la motivation, les somatisations.
LÕanalyse des processus de crise, de leurs rŽpercussions mentales et somatiques peut ouvrir ˆ des attitudes psychothŽrapiques stratŽgiques,  repŽrŽes non pas en fonction de techniques fixes, mais du diagnostic des diffŽrents niveaux dÕinscriptions psychiques,  des interactions, situations prototypes, traumatismes, conflits, etc.

ComplŽment bibliographique (1)
ComplŽment bibliographique (2)