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Sous sa forme actuelle, elle a été présentée en 1962 après un certain nombre de recherches ayant commencé dans les années 1950-1960 aux Etats-Unis sur les psychothérapies analytiques. L'échelle de santé-maladie ou Health Sickness Rating Scale (HSRS) a été traduite en français par P. Gérin et J.M. Peyras. Cette traduction est disponible auprès de P. Gérin (cf. bibliographie). Elle a été acceptée par Luborsky et la Fondation Menninger.
Les premiers travaux montrèrent que la notion de santé mentale pouvait donner lieu à une évaluation globale indépendante de la personnalité des sujets et de la nature d'une éventuelle psychopathologie, l'utilisation d'une échelle analogique linéaire allant de 0 (mort en absence de soins) à 100 (santé idéale) assurant une bonne concordance inter-juges. Pour étalonner l'instrument, deux équipes classèrent indépendamment 34 dossiers de cas-types par ordre de gravité, ce qui permit d'examiner les cas litigieux et de les remplacer. Au cours de ce travail furent également définis 7 critères permettant implicitement aux cliniciens de formuler leur jugement : 1. La capacité d'autonomie. 2. La gravité des symptômes. 3. Le malaise subjectif. 4. Les effets sur l'entourage. 5. L'utilisation des capacités. 6. La qualité des relations interpersonnelles. 7. Les sources d'intérêt. A l'heure actuelle l'échantillon de référence de l'ESM comprend trente-quatre cas-types, soit 18 femmes et 16 hommes, âgés de 18 à 64 ans, de milieux sociaux différents, et classés par ordre de gravité croissante. Les différentes "maladies mentales" sont représentées, mais autant que possible sans référence diagnostique explicite. Il n'y a pas de systématisation absolue du matériel fourni dans chaque cas, qui toutefois permet de se situer par rapport aux sept paramètres. La biographie n'est pas toujours citée. Les problèmes psychologiques sont formulés de façon simple. L'échelle comprend une évaluaton globale et sept sous évaluations correspondant aux paramètres décrits ci-dessus. Chacune des évaluations est faites entre 0 et 100.
Les renseignements concernant la validation sont principalement réunis dans une revue de Luborsky, datant de 1974 complétée par quelques travaux ultérieurs et dont on peut extraire le résumé suivant : L'ESM est un instrument sensible. Les études de concordance inter-juges (10 au total) montrent un bon degré de consensus qui augmente avec l'entraînement, l'expérience clinique, ainsi que la pratique de l'échelle et l'exhaustivité des informations. A titre d'exemple la corrélation entre notes va de 0,91 à 0,94 pour des cliniciens connaissant le patient et ayant accès aux dossiers, de 0,60 à 0,90 par contre lorsque l'évaluation est faite seulement sur dossiers. A noter cependant qu'il semble exister un facteur juge systématique responsable d'une certaine dispersion en l'absence d'entraînement suffisant. Cette dispersion n'est pas spécifique de l'ESM et peut se rencontrer avec d'autres échelles. Elle peut biaiser des études comparatives ou entraîner l'élimination de juges trop divergents lors des séances d'entraînement préalable. Par ailleurs les scores de l'ESM sont corrélés très positivement avec ceux obtenus par d'autres méthodes d'évaluation, mais utilisant des concepts voisins, comme la force du Moi, ou l'adéquation du fonctionnement. L'évaluation globale est corrélée à la gravité des symptômes, sauf peut-être en ce qui concerne l'anxiété. Il semble enfin que chaque syndrome ait une répartition assez précise sur l'ESM, mais les travaux sur ce sujet sont peu nombreux. Sur le plan français, les travaux de validation effectués sous la direction de P. Gérin ne sont pas encore tous publiés. Dans un premier temps, l'échelle a été recomposée en demandant à 63 cliniciens de reclasser les 34 dossiers qui leur étaient présentés dans un ordre aléatoire puis d'attribuer une note à chacun de ces cas, globalement et pour les sept sous-évaluations. L'utilisation du coefficient de concordance non paramétrique W. de Kendall montre un consensus très satisfaisant (W = 0,87 entre Français - W = 0,93 entre Américains - W = 0,87 entre Américains et Français, ce qui correspond à une concordance très significativement différente du hasard.
Le clinicien en possession du maximum d'informations situe son patient approximativement dans une zone de l'échelle, aussi bien en ce qui concerne l'évaluation globale que les sept paramètres. Puis il affine la cotation en comparant son patient aux cas-types, et reporte ensuite ses résultats sur une feuille permettant d'inscrire 10 patients de façon à faciliter la comparaison des sujets entre eux. La durée de passation est de 5 à 10 minutes pour un clinicien entraîné.
Les consignes de cotation résumées sont les suivantes : 1. Gravité globale. Stade idéal d'intégrité du fonctionnement (100) ; degrés d'adaptation courants (99 à 76) ; inhibition, symptômes, problèmes de caractère. Traitement parfois demandé (ex.: très légères névroses) (de 75 à 65) ; fonctionnement satisfaisant mais problèmes précis ou manque global d'efficacité (ex.: phobies), angoisse (de 65 à 50) ; besoin manifeste de traitement, autonomie déclinante (ex.: névroses sévères) (de 50 à 25) ; nécessité de la protection de l'hôpital. Dépendance importante (de 25 à 10) ; dépendance absolue. Contact très difficile. Risque de mort très important (en dessous de 10) ; toute condition qui, négligée, aboutit à la mort (0). 2. Capacité d'autonomie. Besoin nul de traitement (de 100 à 75) ; problèmes focalisés (de 75 à 50) ; besoin manifeste de traitement, autonomie déclinante (en dessous de 50) ; incapacité de vivre seul, besoin d'hospitalisation (en dessous de 25) ; besoin habituel de soin, de surveillance (en dessous de 10) ; tout état qui, non pris en charge, entraîne la mort rapidement (0). 3. Gravité des symptômes. Etat idéal (100) ; névroses très légères (en dessous de 65) ; états-limites, dépressions psychotiques (en dessous de 35) ; psychoses évidentes (en dessous de 25) ; régression complète (0). 4. Malaise subjectif. Stade idéal (100) ; très peu d'inconfort (en dessous de 90) ; malaise intermittent (en dessous de 75) ; malaise fréquent ou continuel mais modéré (en dessous de 50) ; malaise très élevé (en dessous de 25). 5. Effets sur l'entourage. Très peu d'effets négatifs (75) ; difficultés occasionnelles (en dessous de 50) ; retentissement nettement négatif du patient (en dessous de 25). 6. Utilisation des capacités. Utilisation parfaite (100) ; bonne utilisation (75) ; dégradation modérée ou momentanée (50) ; incapacité de travailler (25). 7. Qualité des relations interpersonnelles. Relation généralement satisfaisante, difficultés sporadiques (75) ; niveau superficiel de relation (50), patient isolé, graves perturbations des relations (25). 8. Sources d'intérêt. Intérêts variés, profonds, soutenus (90) ; intérêts larges, vifs, mais parfois déplacements ou hésitations (75) ; larges centres d'intérêts, mais peu profonds, ou bien intérêts restreints (50) ; intérêts superficiels et fugitifs (25).
Les utilisations principales de cette échelle ont trait à l'évaluation des psychothérapies, mais également à l'évaluation de toute prise en charge dès lors que l'intérêt n'est pas principalement porté sur un symptôme ou un syndrome qui peut d'ailleurs être évalué de façon concomitante par d'autres instruments ad hoc. S'il s'agit de faire un point sur l'évolution du patient au niveau de sa santé mentale, qui peut être évaluée à la fois globalement et de façon différentielle, puisque 8 paramètres sont définis, l'instrument prend tout son sens.
Outre ses qualités métrologiques qui sont suffisamment bien établies, l'ESM est intéressante pour les raisons suivantes : Intérêts - Elle repose sur une conception psychodynamique du fonctionnement mental . - Elle reproduit la démarche clinique habituelle et utilise une méthode réduisant des biais dus aux étiquettes diagnostiques. - Sa diffusion est importante, son innocuité totale. Sa passation est aisée et son spectre d'utilisation large. - Il est possible de la remplir de façon itérative pour un même patient. - Le remplissage concomitant par divers membres d'un groupe soignant est également possible, ce qui peut permettre des comparaisons intéressantes. - On peut l'employer sur dossiers, bien que la marge d'erreurs augmente dans ce cas. Elle paraît donc au total bien adaptée à son sujet.
Limites En ce qui concerne les limites, on peut relever les points suivants : l'ESM, étant au départ conçue essentiellement pour les sujets suivis en psychotérapie individuelle, peut présenter certaines difficultés d'applications à des malades suivis dans des services de psychiatrie, mais son utilisation reste possible. Toutefois la cotation des items : malaise subjectif et effets sur l'entourage pourra éventuellement demander une redéfinition pour ces cas particuliers. En cas d'entraînement insuffisant, et lorsqu'on examine un échantillon relativement important de sujets, certains pics de fréquence peuvent être induits par les consignes de cotation. L'extension du champ d'application pourrait éventuellement amener à se poser la question de sa spécificité, mais les praticiens qui ont l'habitude de son utilisation ne partagent pas cet avis. Enfin, l'idée que la santé mentale puisse être évaluée le long d'un continuum n'est pas acceptée par tout le monde.
1. LUBORSKY L. - Clinician's Judgment of mental health : proposed scale. Arch. Gen. Psychiatry ; 1962, 7, 407-417.
2. LUBORSKY L. - Factors influencing clinicians judgment of mental health. Arch. Gen. Psychiatry, 1974, 31, 292-299.
3. PEYRAS J.M., GERIN P., SALI A., TISSOT R. - L'échelle Santé-Maladie, un instrument pour l'évaluation des effets des Psychothérapies -I- Présentation et adaptation française. Psychologie Médicale - 1984, 16, 14, 2401-2404.
La traduction française de l'échelle de santé-maladie est disponible auprès du traducteur : P. GERIN à l'adresse suivante : Hôpital St Jean de Dieu, 290, route de Vienne, 69008 Lyon.
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