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Le site des recherches sur les psychothérapies psychodynamiques |
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Alice Dazord. Directeur de Recherches INSERM Script-Inserm Hôpital Saint Jean de Dieu 69008 Lyon
L'auteur anime actuellement une équipe INSERM (dite .Script-Inserm), créée il y a une dizaine d'années par Paul Gerin. Au cours de cette période, cette équipe a cherché à réfléchir à la problématique de l'évaluation des prises en charge psychothérapiques en psychiatrie, particulièrement dans le cadre d'institutions, mais en se centrant sur les aspects psychodynamiques et subjectifs et sur les facteurs psychothérapiques de changement (Gerin 1991a, 1992a, Dazord 1990)
A l'époque où nous avons démarré ces recherches le contexte était le suivant en France: les analystes étaient hostiles à toute réduction de données, et les seules recherches par enquêtes qui se faisaient concernaient le champ de la psychopharmacologie, ou des thérapies comportementales et obéissaient à un modèle très médical. Dans les pays anglo-saxons s'était en revanche créé depuis une quarantaine d'années un courant de recherche dites "empiriques. et centré sur les psychothérapies (Garfield 1991). Nous avons en partie cherché à adapter ce modèle au contexte francophone, et ceci grâce à un contact très étroit avec la clinique.
L'approche dont il est question dans cette présentation, cherche ainsi à pratiquer une évaluation des changements des patients, et des facteurs en relation avec ces changements. Très vite nous nous sommes rendus compte que pour que ces recherches aient un quelconque intérêt il fallait en premier lieu que la problématique soit correctement formulée. Un questionnement du type : "vaut-il mieux une thérapie comportementale ou un analyse"?? n'a pas grand sens, car il néglige le type de changement qui est souhaité, mais aussi le type de patient à qui s'adressent ces psychothérapies. La stratégie et les objectifs de l'équipe Script-Inserm ont impliqué de chercher le plus possible à prendre en compte la complexité de la situation clinique. à mettre au point une méthodologie fiable pour étudier des éléments subjectifs, qualitatifs, et psychodynamiques, et enfin de toujours essayer de répondre aux interrogations des cliniciens.
Pour réaliser cette approche évaluative, un certain nombre de domaines doivent être pris en compte, et pour ce faire on doit disposer d'un certain nombre d'instruments. Ces domaines concernent essentiellement, le patient, la prise en charge, les interactions patient/soignant
EN CE QUI CONCERNE LE PATIENT, on dispose d'un assez grand nombre de questionnaires validés, qui sont, soit des listes symptômes, soit des questionnaires avec des séries de questions ouvertes ou fermées; ces questionnaires sont soit destinés au patient, soit destinés au soignant. Une revue en est fait dans Gerin 1991 a. Parmi les plus utilisés citons la SCL90 de Derogatis (1974), le profil ou bilan d'évaluation clinique (PEC ou BEC) mis au point dans notre équipe (Dazord 1991a), l'échelle-Santé maladie qui aborde le patient d'un point de vue gestaltiste (Luborsky 1975). Mais, ce qui est surtout intéressant, c'est de voir que ces questionnaires couvrent des champs très différents et pas uniquement le champ des symptômes. Ainsi sont considérés, en particulier l'angle psychodynamique (avec prise en compte de variables dites psychodynamiques comme l'insight. la force du moi), la vie relationnelle... Nous avons tenté de privilégier le registre des représentations que se fait le patient (ou le soignant), des difficultés du patient. Cet axe d'étude est une des spécificité de l'équipe Script-Inserm et implique sur le plan technique une étude des discours écrits grâce à des analyses de contenu (Dazord 1986,1992). Enfin, plus récemment un essai d'investigation de la qualité de la vie des patients a été tenté (Gerin 1989, 1991 b,1992b, Dazord 1993a).
NOUS AVONS EGALEMENT MIS AU POINT UN CERTAIN NOMBRE DE QUESTIONNAIRES POUR EVALUER LA PRISE EN CHARGE (Gerin 1992e, Seulin 1989); La caractéristique de ces questionnaires est de prendre en compte, pour évaluer le soin, à la fois des données objectives (durée, fréquence) et subjectives (investissement des deux partenaires dans la prise en charge). Sont considérés également, non seulement les prises en charge bien codifiées, mais tous les autres aspects informels du soin, en particulier en institution (rencontres de couloir, effet interstice). Il s'agit là d'évaluer avec des instruments ce qui cliniquement a été bien décrit par Racamier (1973) et Roussillon (1987).
Enfin nous disposons d'une série d'échelles évaluant la relation soignant/soigné (Luborsky 1976,1983). Ces échelles, d'une certaine manière, sont à l'origine d'un des principaux résultats obtenus par la recherche sur les psychothérapies au cours des dernières années dans les pays anglo-saxons: en effet lorsque les auteurs ont cherché à comparer les différentes psychothérapies ils ont trouvé qu'elles étaient à peu près toutes équivalentes; la seule différence en termes de résultats avait lieu entre les thérapies où la relation thérapeutique était bonne, et celles où elle ne l'était pas et qui donnaient de moins bons résultats (Orlinsky 1992).
Notre équipe, travaillant sur des profils (tant au départ qu'à l'arrivée...) aurait tendance à nuancer cette affirmation désignée sous le nom de "paradoxe de l'équivalence".
Ces instruments peuvent susciter, de prime abord, un regard quelque peu sceptique, laissant supposer qu'une telle approche n'est pas vraiment scientifique. Et pourtant il est possible de valider ces instruments au même titre, qu'une nouvelle méthode mesurant la glycémie, et en utilisant la même stratégie (Nunally 1978, Carmines et Zeller 1979).
Valider un instrument, cela veut dire vérifier qu'il mesure ce qu'il est censé mesurer, qu'il est reproductible, sensible et, dans le cas d'un questionnaire, compris par celui qui le remplit. Il existe une stratégie bien codifiée qui permet à l'aide d'outils statistiques adéquats, et de quelques tests préalables de franchir cette étape.
- La validité prédictive évalue la manière dont l'instrument donne un bon reflet de la réalité; ainsi un test explorant les capacités de conduite automobile d'un sujet, peut être validé en regardant dans la réalité si le sujet en question a des accidents. Certes, dans le domaine qui nous intéresse, c'est plus compliqué, la notion de réalité n'est pas toujours évidente, mais on peut tourner la difficulté en comparant les résultats fournis par un questionnaire donné, aux données cliniques ou à un autre instrument qui a fait ses preuves.
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- La validité de construction pose la question de savoir si les modèles à partir desquels on a construit l'instrument, sont corrects, et si l'exploitation des données vérifie les hypothèses de départ. Ainsi lorsqu'a été construit le questionnaire "Qualité de la Vie Subjective" en médecine somatique, le principe de départ était que la qualité de vie des patients ne dépendait pas que de leur santé. Et effectivement, lorsqu'une étude des résultats obtenus a été pratiquée, en utilisant des techniques statistiques du type analyse des données, un facteur santé a certes émergé, mais de manière concomittante sont apparus un facteur relationnel et un facteur "regard sur le monde extérieur" (Gerin 1991 b).
- Quant à la fidélité de l'instrument, elle implique deux aspects: voir si, à des temps différents, des réponses identiques sont obtenues, ce qui peut poser problème car des observations éloignées dans le temps peuvent différer en raison des changements du patient, tandis que des observations trop rapprochées peuvent être biaisées du fait du souvenir des sujets.
En fait, le vrai problème est davantage celui de la fidélité interne ou cohérence interne. Il peut être approché grâce à la présence dans le questionnaire de questions voisines à formulation quelque peu différente, ou à l'utilisation de questionnaires voisins (par exemple à réponses ouvertes et à réponses fermées). Il existe de nombreux tests et coefficients pour évaluer cette cohérence interne; le coefficient alpha de Cronbach est l'un des plus utilisés.
D'une manière générale, 10 ans de pratique ont mis en évidence non seulement la cohérence des réponses (en particulier chez les patients alcooliques Dazord 1991 b) telle qu'elle ressort de la corrélation nette entre les réponses à des questions fermées voisines, entre des questions ouvertes et fermées explorant des domaines voisins mais aussi de l'accord des réponses fournies par les patients avec celles des soignants. La situation est cependant plus délicate en ce qui concerne les patients psychotiques; dans ce cas la discordance est un élément clinique, en soi, au même titre que le déni.
Ainsi ces travaux sur les psychothérapies et la prise en compte de toute une série de paramètres subjectifs n'impliquent pas "qu'on soit dans le flou"... Il est possible d'utiliser dans ce cadre une méthodologie scientifique.
Dans les essais médicamenteux on procède souvent à une répartition aléatoire des patients avec technique en simple ou double aveugle. C'est la seule méthode qui élimine les biais, en répartissant les facteurs (supplémentaires et non prévus) pouvant avoir un rôle, de manière voisine dans les différents groupes. Cette approche difficile à réaliser pour des raisons éthiques dans le champ de la psychiatrie, peut cependant se justifier lorsque pour une approche donnée il existe une file d'attente supérieure aux capacités d'accueil de la prise en charge ; dans ces conditions, une répartition aléatoire contrôlée n'est pas plus choquante que l'acception des patients dans "telle filière" selon des critères mal définis.
Quoiqu'il en soit, lorsque cette approche n'est pas possible, il faut alors savoir que les études pratiquées n'ont pas la même portée: elles débouchent davantage sur des hypothèses que sur des conclusions.
Nous nous bornerons à quelques remarques s'appliquant plus spécifiquement au champ des psychothérapies.
En ce qui concerne la nature des mesures auxquelles ces tests s'appliquent, rappelons que dans le domaine des psychothérapies, lorsqu'on prend en compte les réponses aux questions posées, qui sont affectées d'un chiffre, par exemple (très douloureux 01, assez douloureux 02, très agréable 03], on a en général affaire à des catégories, ou à des mesures d'ordre, où 4 est simplement plus grand que 2, mais non le double comme dans les mesures d'intervalles. Il existe des tests statistiques appropriés à ce type de mesure ou tests non paramétriques (Siegel 1956).
Par ailleurs, nous avons insisté sur la nécessité de travailler sur des profils, et non sur des indices uniques. Le danger est alors du fait de la répétition des tests de trouver des résultats significatifs de manière totalement fortuite. Il est dans ces conditions nécessaire d'adapter le seuil de significativité au nombre de tests pratiqués (Formule de Bonferroni, Glantz 1981).
Enfin il est important de noter qu'en dehors de la statistique classique, qui traite d'un nombre restreint de caractères sur un petit ensemble d'individus, avec des hypothèses probabilistes très restrictives, il existe d'autres méthodes dites d'analyse des données, consistant en des études plus globales, des individus et des variables les caractérisant, avec des représentations graphiques suggestives. Le principe consiste à représenter les proximités entre individus ou entre leurs réponses sur un graphique. L'analyse factorielle en composante principale repose sur des corrélations. L'analyse des correspondances multiples assez utilisée en France (Benzecri 1980) consiste à transformer les données quantitatives en données qualitatives. Elle peut être utilisée avec moins de restrictions pour des échantillons de faible taille.
Le but de ces études est triple, descriptif visant à la fois la description d'une clientèle à différents moments, de son état initial et de ses changements, mais aussi d'une pratique ; l'objectif est tout autant de type explicatif, il s'agit surtout d'évaluer les facteurs en relation avec les changements des patients ; enfin répondre aux questions posées par les cliniciens, est apparu comme un des éléments les plus stimulants de ce type de recherche.
Elle permet d'avoir une VUE SYNTHETIQUE sur une clientèle, au départ et sur les changements : un exemple en est fourni par une enquête genevoise dont le but était initial était d'évaluer, dans un contexte institutionnel, les résultats de psychothérapies analytiques pratiquées sur des patients ambulatoires : nous avons recueilli des informations sur les patients lors de leur première consultation, puis au bout de quelques séances de psychothérapie, enfin après un an de psychothérapie. Ces études sont les seules à permettre vraiment d'avoir une vue d'ensemble à la fois de tous les patients et simultanément sur différents plans, et ce à des moments différents. Ainsi dans cette étude genevoise, le recueil de données multiples permettait de montrer (figure 1):
1.que la caractéristique principale de la population entreprenant une psychothérapie était l'anxiété et la dépression (d'ailleurs la principale différence entre les patients entreprenant une psychothérapie, et les autres était que les variables psychodynamiques -insight, motivations étaient nettement plus favorables dans le premier groupe);
2.pour le thérapeute à la 6° séance ces éléments anxiodépressifs sont nettement plus bas, mais en revanche la passivité et l'immaturité relationnelle apparaissent nettement plus élevés;
3.à la fin de la psychothérapie, les patients s'amélioraient nettement, mais parmi les symptômes élevés au départ, l'immaturité relationnelle, le restait.
D'une manière générale l'ensemble de nos enquêtes a eu l'intérêt de nous montrer que les patients SOUS PSYCHOTHERAPIE S'AMELIORAIENT; à cet égard nos résultats rejoignent une des principale et première conclusions des travaux anglo-saxons, lorsque est fait le bilan de ce type de recherches. Il faut bien voir que ce n'est que ce type de recherches qui peut conduire à ce type de conclusion; Or même si un certain nombre de praticiens pouvaient avoir l'idée qu'il en était ainsi, et que les psychothérapies étaient efficaces, il est bon d'avoir des arguments précis pour étayer cette opinion.
Les éléments étudiés ainsi renseignent, non seulement sur le profil des patients, mais sur leur trajectoire. Nous avons ainsi obtenu des données particulièrement intéressantes en pédopsychiatrie (Manificat 1992); l'opportunité nous a été donnée de suivre environ 700 enfants qui s'étaient présentés à un première consultation de pédopsychiatrie dans la région Rhône-Alpes, pendant une période de 3 ans: nous avons, à la fin de l'enquête, pu constater qu'un enfant sur 2 faisait l'objet d'une prise en charge. Parmi ces enfants pris en charge, là encore, ce n'est que pour un enfant sur deux que la prise en charge arrive au terme initialement fixé. Ce simple type de résultats a été à l'origine de multiples discussions sur la conception même du rôle de soignant en pédopsychiatrie. Nous avons pu également constater, ce qui a suscité de très nombreuses réflexions et interrogations, que le taux de prise en charge était en relation avec le type de centres de consultations: ceux qui étaient gérés par la loi 1901, et s'apparentaient davantage à fonctionnement privé, avaient un taux de prise en charge supérieur.
C’est une étape de type explicatif visant surtout à étudier les facteurs en relation avec les changements.
Sous cet angle, l'apport de ces recherches concerne la mise en évidence de facteurs en relation avec les changements: CES FACTEURS PEUVENT ETRE MIS EN EVIDENCE DE PLUSIEURS FAÇONS, le plus souvent par la DEMONSTRATION DE CORRELATIONS importantes et significatives entre les changements des patients, et un certain nombre d'éléments. .
C'est par exemple le cas de ce centre de crise genevois (Dazord 1991a) où parmi les éléments initiaux caractérisant le patient, la symptomatologie est sans relation avec l'évolution ultérieure, alors qu'une série d'items évaluant la "force du moi" semblent très prédictifs d'une évolution favorable (figure 2). Un autre exemple est donné par un hôpital de jour (Seulin 1989) où de multiples approches psychothérapiques étaient pratiquées; lorsque l'ensemble des patients était considéré, seuls les entretiens individuels, les groupes de discussion et le "forum" (groupe psychothérapeutique large de patients) révélaient des corrélations entre l'engagement de départ du patient et son évolution (figure 3).
A ce stade de l'exploitation des résultats, on se trouve face à une série de corrélations et face à une série de facteurs et une étape supplémentaire s'impose pour clarifier la situation, et surtout pour savoir si tous ces facteurs mis en évidence, doivent être considérés sur le même plan. Il existe pour ce faire, des techniques statistiques (régression multiple) qui permettent de classer ces différents facteurs, d'en estimer le poids respectif. A cet égard il est intéressant de comparer les résultats apportés par 2 exemples différents: le centre de crise mentionné plus haut et un hôpital psychiatrique (Gerin 1922c) (figure 4 et figure 5).
Dans le centre de crise (figure 4) les facteurs les plus en relation avec l'évolution sont des éléments psychodynamiques (confiance dans le traitement, mobilisation du patient en relation avec l'intervention de crise, et coopération) tandis que dans le service étudié à l'hôpital psychiatrique le poids le plus fort est attribué à l'intensité initiale des la manifestations cliniques psychotiques (figure 5).
C'est peut-être pour le clinicien l'apport le plus intéressant de ces recherches. 3 exemples en fourniront une illustration. Il importe préalablement de noter que la plupart des enquêtes sur lesquelles nous avons travaillé sont nées de LA DEMANDE DES CLINICIENS.
Ce premier exemple est issu d'une étude effectuée en collaboration avec deux Centres de soins de la région lyonnaise; il visait à faire la part de l'aspect quantitatif et de l'aspect qualitatif du soin. L'idée de départ des cliniciens concernés était que la qualité des soins au cours d'une prise en charge était plus importante que le nombre des séances. L'hypothèse a quelque peu été étoffée, l'affirmation du primat de la qualité des soins n'était pas nécessairement vraie pour toutes les prises en charge, ni pour tous les types de patients; peut-être dépendait-elle aussi du type de changements qui allaient être regardés.
Le protocole qui a été bâti, et ce dans deux institutions différentes (un hôpital de jour, et un service hospitalier dans un CHS) a impliqué:
Les résultats obtenus peuvent être résumés de la façon suivante:
En ce qui concerne L'ASPECT QUALITATIF ET QUANTITATIF du soin, les résultats ne sont pas tout à fait identiques dans les deux institutions différentes, mais ils confirment chacun à leur manière l'importance des données subjectives. Dans le premier lieu de soin (hôpital psychiatrique), il apparaît qu'il faut tenir compte parallèlement des deux aspects: des corrélations significatives entre l'évolution des patients et les aspects quantitatif et qualitatif du soin sont en effet observés (Gerin 1922c). En revanche dans le deuxième lieu de soin (hôpital de jour), comportant une série d'approches psychothérapeutiques différentes, nous avons pu constater que le degré de présence physique des patients était sans relation aucune avec leur évolution ultérieure, contrairement à leur engagement initial (figure 3).
Ces études ont eu l'intérêt de mettre en évidence l'importance probable de deux autres types d'éléments supplémentaires: à savoir le type de la prise en charge et son cadre; et le type des patients. En ce qui concerne le premier aspect, nous avons pu noter que les relations avec les changements n'étaient pas les mêmes selon que l'on prenait en compte des prises en charges bien codifiées ou au contraire des éléments informels de la prise en charge ; à l'hôpital psychiatrique, ce qui se passait dans ces espaces ou dans les prises en charge non codifiées revêtait une importance particulière.
Mais cet effet du caractère plus ou moins codifié des prise en charge est en fait dépendant du TYPE DE PATIENT, et est particulièrement sensible chez les psychotiques, alors que chez les dépressifs le coté bien cadré de la Prise en Charge semble plus important; dans le deuxième lieu de soin (hôpital de jour) 4 sous-groupes de patients ont pu être individualisés à l'aide de la CIM IX, (figures 6 7 8 9) et il est particulièrement intéressant de noter que pour les schizophrènes ce qui est corrélé avec une bonne évolution c'est surtout leur engagement face à l'institution, pour les psychoses affectives et dépressives c'est davantage ce qui se passe dans les entretiens individuels et les groupes de discussion, pour les patients présentant des troubles de la personnalité leur engagement dans les thérapies groupales (forum) est un élément prédicteur favorable alors que J'inverse est observé pour les patients névrotiques.
A ce sujet la différence est nette entre notre regard et celui des anglo-saxons à propos du PARADOXE DE L'EQUIVALENCE. Nous arrivons en effet à différencier les effets des thérapies, mais à condition de travailler sur des sous-groupes de patients, et sur des profils de changement.
L'hypothèse (qui a pris naissance dans un centre de crise genevois) était la suivante: pour qu'un processus psychothérapique puisse se développer il doit exister un degré optimum de consensus entre le patient et le thérapeute, avec l'idée que si l'accord entre les deux partenaires était trop important il risquait de n'y avoir aucune mobilisation du patient, équivalent d'une connivence de dénégation. Mais si le désaccord était trop important, aucune interaction ne pouvait avoir lieu; le patient et le thérapeute étant sur deux planètes différentes. Le protocole élaboré en fonction de cette hypothèse a été le suivant:
Nous n'avons pas pu exactement confirmer l'hypothèse de départ sur l'existence d'un niveau moyen optimum d'accord; nous n'avons pas non plus pu vraiment l'infirmer; nous nous sommes trouvé très vite avec des effectifs trop faibles. En revanche nous avons pu montrer, ce qui est une autre manière finalement de répondre à la question, que le degré d'accord n'avait pas à être important sur tout ; en effet ce degré d'accord a une valeur pronostic essentiellement lorsqu'il porte sur l'explication donnée aux difficultés actuelles; en revanche que patient ou thérapeute aient des représentations voisines sur la nature des difficultés du patient, le traitement souhaité, ou les difficultés relationnelles du patient semble moins en relation avec l'évolution ultérieure du sujet; par ailleurs c'est davantage l'accord auquel parviennent en fin de traitement les deux partenaires qui est important.
Mais surtout, au décours de l'exploitation des résultats deux nouvelles notions émergent : celle de mobilité et celle d'ouverture/focalisation qui apparaissent comme étant un des éléments les plus prédicteurs d'une bonne évolution. Ainsi la figure 10, montre que lorsque les représentations du patient concernant sa manière d'expliquer ses propres difficultés, sont mobiles 'au cours du temps, des changements favorables apparaissent au niveau de la plupart des variables cliniques testées (gravité globale, gravité des symptômes, malaise subjectif, autonomie, centres d'intérêt, effet sur l'entourage, qualité des relations); la figure 11, revéle un autre aspect: le fait pour le patient d'envisager un large spectre de difficultés au début de sa prise en charge est corrélé positivement avec son évolution à 2 ans, en revanche à la fin de la prise en charge, c'est l'inverse qui est noté. Il apparait donc que l'ouverture du patient est un élément favorable au tout début de la prise en charge, son aptitude à se focaliser sur certains points à la fin de l'intervention devenant en révanche importante à la fin de la prise en charge.
Ce dernier exemple concerne l'enquête de pédopsychiatrie mentionnée plus haut. Dans divers centres de consultation de pédopsychiatrie de la région lyonnaise, où cette enquête s'est déroulée, les soignants s'interrogeaient à propos de l'évolution ultérieure des enfants, sur l'influence de leur manière de répondre à la demande des consultants. Valait-il mieux prendre en compte la demande manifeste des parents en particulier lorsqu'elle était centrée sur des troubles des acquisitions, ou plutôt prendre en compte ce qui était estimé par le clinicien comme la demande latente; en d'autres termes quand un enfant venait amené par sa famille pour des troubles du langage valait -il mieux lui prescrire de l'orthophonie même si pour le soignant le problème était en fait tout autre ??? Le protocole mis en place a visé à recueillir des éléments sur la demande (en particulier en utilisant des questionnaires spécifiques, comme précédemment, et qui prennent en compte la représentation des difficultés que se font les différents partenaires de la scène clinique (parents, soignants, enfant). Des informations sur la réponse, c'est à dire la prise en charge ont également été collectées: type de prise en charge, et délai avec lequel la réponse a été apportée. Enfin l'évolution des enfants à la fin de la prise en charge, a été évaluée
Les résultats obtenus ont d'abord montré, qu'apparemment répondre ou non à la demande du patient n'avait pas d'impact sur l'évolution. En revanche ce qui semblait plus déterminant, c'est le moment auquel la réponse est faite. Le nombre d'évolutions défavorables des enfants a été étudié dans deux circonstances: quand la réponse à la demande a été faite immédiatement après le premier entretien, ou lorsqu'elle a fait suite à des entretiens préalables. Cette deuxième alternative est significativement et statistiquement la plus favorable, laissant supposer que ce qui est important c'est surtout de réserver, avant la prise en charge de l'enfant un temps pour une "négociation" préalable.
Les résultats obtenus en particulier dans les deux dernières enquêtes mentionnées, dans la mesure où ils ne vérifiaient pas exactement l'hypothèse initiale, mais apportaient un éclairage nouveau, pas vraiment prévu au départ (même si après-coup l'observation des résultats obtenus révèle une cohérence certaine...), dévoilent déjà un des aspects les plus enrichissants de ces approches. Ce sont souvent les analyses multivariées qui permettent de mettre en évidence ce type de différences inattendues.
Ainsi une enquête sur la représentation mentale des soignants, nous avait été demandée par un certains nombre de psychiatres de la région lyonnaise pour vérifier l'impact qu'avait une formation psychanalytique sur ces représentations (Dazord 1989). Nous avons donc comparé trois centres différents, l'un ayant davantage mis l'accent sur la formation analytique. A l'exploitation des résultats il est apparu qu'en la principale ligne de partage se faisait entre les psychologues et les soignants de formation médicale, indépendamment de toute formation psychanalytique. Les psychologues se distinguaient essentiellement par une plus grande liberté dans leur manière de répondre et surtout de refuser de répondre aux questions.
Dans un autre travail, nous avons étudié la qualité de vie, de patients dépressifs, et nous avons eu l'opportunité de comparer des dépressifs alcooliques et des dépressifs non alcooliques; nous avons alors constaté qu'une des principales différences entre ces deux groupes concernait l'importance plus grande accordée par les alcooliques dépressifs aux "choses matérielles". Nous avons, de plus, pu constater que les alcooliques se présentaient comme plus dynamiques, davantage prêts à aider les autres, avec moins d'échec et un meilleur réseau relationnel (figure 12).
CONCLUSION
On voit ainsi qu'il est possible de faire des recherches par enquêtes sur les psychothérapies, à condition de respecter un certain de règles méthodologiques.
Une dimension heuristique indéniable est apportée lorsque ces recherches se greffent sur un questionnement des cliniciens.
Il faut néanmoins rester prudent avant de généraliser les résultats de ces travaux; à notre avis il faut surtout les considérer comme générateurs de nouvelles hypothèses et non de conclusions définitives.
AAE: il y a des personnes qui peuvent compter sur vous pour s'occuper de leurs affaires
AMA: il y a des personnes qui peuvent compter sur vous, pour prendre soin d'elles si elles doivent rester au lit
AEN: il y a des personnes qui peuvent compter sur vous, pour transporter un objet encombrant
Defi: j'aime relever les défis
LD: Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même
IE: importance accordée aux expériences d'échec
EH: échec: manière d'y faire face
MAL: il y a des personnes sur lesquelles vous pouvez compter si vous devez rester au lit
AF: il y a des personnes sur lesquelles vous pouvez compter pour s'occuper de vos affaires
Le coefficient 1 implique que c'est une caractéristique peu importante du sujet. Le coefficient 2 que c'est une caractéristique importante.
Variables supplémentaires
MAl ou MA2 : importance accordée aux choses matérielles
QVl ou QV2 : qualité de vie globale
HP: dépressifs non alcooliques
VA: dépressifs alcooliques
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Dernière mise à jour : 28/06/06 info@techniques-psychotherapiques.org
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