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Janine Chasseguet-Smirgel
Pour une psychanalyse de l’art et de la créativité.
Paris Payot 1971,
Note clinique sur les rêves d’examen (2)
“La lecture d'une scène du Songe de Strindberg m'a amenée à tenter une interprétation du rêve d'examen quelque peu différente de celle qu'en donne Freud mais qui s'inscrit par contre davantage dans sa théorie du rêve-réalisation des désirs.
Il s'agit du onzième tableau du Songe :
... On voit une école ; sur un banc, parmi les écoliers, l'Officier est assis, d'un air inquiet et triste... Le précepteur aux bésicles, armé de la craie et la férule reste debout.
PRÉCEPTEUR à l'Officier. - Eh bien, mon enfant, dis-moi donc : combien font deux fois deux? (L'Officier reste assis, cherche en vain la réponse.)
PRÉCEPTEUR.-Lève-toi donc !
OFFICIER (se lève avec répugnance). - Deux fois deux ? Voyons ! ça fait deux deux !
PRÉCEPTEUR.- Comment ? Tu n'as pas repassé ta leçon !
OFFICIER (honteux). - Si ! Je sais par cœur ma leçon quoique je ne puisse la dire.
PRÉCEPTEUR.- Ah ! Tu veux prendre un biais !... Tu prétends savoir et tu ne sais rien du tout. Je te châtierai, moi. (Il lui tire les cheveux.)
OFFICIER. - Oh c'est affreux, affreux !
PRÉCEPTEUR. - Oui, c'est affreux de voir un grand garçon manquer d'ambition.
OFFICIER. Un grand garçon, oui, je suis grand, plus grand que ces garçons-ci, je suis un homme mûr, j'ai quitté l'école et l'université ! … (Comme se réveillant.). Je suis promu docteur. Pourquoi suis-je donc ici? Ne suis-je pas docteur ?
PRÉCEPTEUR. - Si fait ! Mais il faut mûrir. Tu dois mûrir ! Est-ce Juste ? (1) (2).
(1) C'est moi qui souligne.
(2) Stock éd.
L'auteur dans cette scène laisse entendre que l'examen ridicule infligé à l'officier déjà docteur et qui par conséquent a depuis longtemps passé avec succès l'épreuve du 2 fois 2, vise à le contraindre à reprendre son processus de maturation.
Avant de chercher les significations de cette obligation de mûrir, telle qu'on peut la déduire de ce que l'on sait, par ailleurs, de Strindberg, je voudrais rapporter un rêve d'examen qu'une patiente a fait récemment “
(voir : Note clinique sur les rêves d’examen (3).
…
Quant à Strindberg, ce que nous savons de lui (2) nous permet de penser que sa structure paranoïaque est précisément basée sur une lacune fondamentale : l'introjection anale du pénis du père qui permet une réelle identification au père. Nous savons également que le paranoïaque cherche constamment à prouver qu'il est le père et qu'il possède un phallus magique supérieur à tous les autres : il n'a par conséquent besoin de celui de personne : son Moi perçoit cependant le caractère faux, incomplet, tronqué de son identification et de son phallus, caractère qu'îl projette sur le monde ambiant dont il dénonce les insuffisances, les tromperies, les mensonges. On peut donc supposer que c'est le « court-circuitage » de la phase d'introjection du pénis paternel - cette identification paternelle frauduleuse - qu'exprime la scène du Songe dont il a été question plus haut. Ce « rêve d'examen » serait donc, en fin de compte, l'expression déguisée du désir d'intégrer la pulsion homosexuelle passive « court-circuitée ».“
Texte intégral in J. Chasseguet-Smirgel : Pour une psychanalyse de l’art et de la créativité. Paris Payot 1971, chapitre VI
Pages 177 à 182.
Dernière mise à jour :
27 March, 2008
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