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Sigmund Freud
L’interprétation des rêves. Traumdeutung (1900)
Presses Universitaires de France (1926).
Le rêve d'examen
Tous ceux qui ont passé leur baccalauréat ont été poursuivis par ce mêne cauchemar :
Ils allaient échouer, devoir redoubler la classe, etc. Pour ceux qui ont passé des examens supérieurs, ce rêve typique est remplacé par un autre :
Ils doivent passer à nouveau un concours difficile et objectent vainement dans leur sommeil qu'ils sont déjà depuis des années médecins, professeurs ou fonctionnaires.
Ce sont les souvenirs impérissables des punitions que nous avons subies étant enfants pour avoir mal agi, qui se réveillent en nous aux deux moments cruciaux de nos études, au dies iræ, dies illa des examens sévères. Ce sont ces peurs enfantines aussi qui viennent renforcer « l'angoisse d'examen » des névropathes. Nos études finies, nous n'aurons plus de châtiment à subir de la part de nos parents, de nos éducateurs ou de nos professeurs ; l’enchaînement impitoyable des événements se charge de continuer notre éducation, et nous rêvons alors de baccalauréat ou de licence - qui donc, même parmi les justes, n'a pas tremblé alors ? - chaque fois que nous sommes peu sûrs du succès : que nous n'avons pas bien agi, que nous avons mal organisé, chaque fois qu'une responsabilité nous pèse.
Une remarque d'un collègue avisé, qui, au cours d'un entretien, fit ressortir qu'à sa connaissance le rêve du baccalauréat n'était fait que par des personnes qui avaient réussi à cet examen et non par celles qui y avaient échoué, me fut un trait de lumière. Il semble que ce rêve angoissé survienne quand on doit accomplir le lendemain une tâche difficile et qu'on craint d'y échouer ; on paraît donc chercher dans son passé un exemple de grande angoisse injustifiée et contredite par les événements.
Ce serait là un exemple très frappant de méprise sur le contenu du rêve par l’instance de la veille. Les paroles par lesquelles nous protestons contre le contenu du rêve : « Mais je suis déjà docteur », etc, seraient en réalité une consolation que le rêve nous donnerait, quelque chose comme : « ne t’inquiète donc pas pour demain, pense à l’angoisse que te causait ton baccalauréat, tu y as tout de même réussi. Maintenant tu es docteur, etc, ».
L’angoisse que nous attribuons au rêve provient des restes diurnes.
Cette explication m’a paru probante.
Je l'ai vérifiée chaque fois que j'en ai eu l'occasion (ces occasions, il est vrai, n’ont pas été très nombreuses) sur moi et sur d'autres. Par exemple, j'ai été ajourné à l'examen de médecine légale ; je n’ai jamais évoqué cela en rêve, tandis que j'ai révé souvent d’examens de botanique, de zoologie ou de chimie, épreuves qui m'avaient inspiré des angoisses légitimes, mais qui - hasard ou bienveillance de l'examinateur – m’ont été favorables.
Quand je rêve d'examens passés au lycée, c’est régulièrement d'un examen d'histoire que j'ai passé brillamment, mais, je crois, parce que mon excellent professeur - le borgne secourable que l'on retrouve dans un autre rêve (cf. p. 24) - avait bien remarqué, sur la feuille de questions que je lui rendais, un coup d'ongle, barrant celle que je ne savais pas. Un de mes malades, qui a d’abord renoncé à se présenter au baccalauréat et ne l’a passé que plus tard, qui, par la suite, a échoué à son examen d’officier et n'est pas devenu officier, me dit qu’il a souvent rêvé du baccalauréat, mais jamais de l’autre examen.
Les rêves d'examen offrent pour l'interprétation les difficultés mêmes que j'ai indiquées comme caractéristiques pour la plupart des rêves typiques.
Il est rare que le rêveur dispose des associations d'idées nécessaires pour l’interprétation. Pour bien comprendre ces rêves, il faut recourir à un grand nombre d'exemples. J'ai eu récemment le sentiment que les paroles : « Tu es déjà docteur », etc., n’étaient pas seulement un encouragement, mais renfermaient un reproche. A peu près celui-ci : « Tu es déjà àgé, tu as beaucoup vécu, et tu fais encore des bêtises, des enfantillages. »
Ce mélange d'auto-critique et réconfort paraît bien correspondre au contenu latent des rêves d’examen. On ne sera pas surpris d'apprendre que les reproches au sujet de sottises et d’enfantillages se rapportent, dans les deux derniers exemples analysés à la répétition d’actes sexuels répréhensibles.
W. Stekel, qui a donné la première interprétation au rêve du baccalauréat (maturatraum), était d’avis qu’il se rapporte toujours à des épreuves sexuelles et à la maturité sexuelle. Mon expérience personnelle m’a souvent permis de confirmer ce point de vue.“
Texte intégral in S. Freud : Linterprétation des rêves, chapitre V. Le matériel et les sources du rêve ; pages 238 à 240 (Paris, P.U.F., 1967)
Dernière mise à jour :
26 March, 2008
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