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L’interprétation des rêves (1900)
Paris, P.U.F., huitième édition 1967
Pages 495-496
Psychologie du rêve.
Le rêve de la mère endormie et des personnages à becs d’oiseaux.
“… Comme je l’ai déjà dit à diverses reprises, l’étude du cauchemar appartient à la psychologie des névroses. Une fois posés ses points de contact avec le thème du processus du rêve, ce qui est fait, nous n’avons plus rien à faire avec lui. Cependant, puisque j’ai affirmé que l’angoisse névropathique avait une origine sexuelle, je voudrais encore analyser quelques rêves d’angoisse pour montrer le matériel sexuel qu’ils renferment.
J’écarte les exemples surabondants que m’offriraient les rêves de mes malades et je choisis de préférence des rêves d’angoisse venant de sujets jeunes.
Pour ma part, je n’ai plus eu de vrai rêve d’angoisse depuis de longues années, mais je m’en rappelle un que j’ai eu vers sept ou huit ans et que j’ai interprété environ trente ans après. Il était extrêmement net et me montrait …
… ma mère chérie avec une expression du visage particulièrement tranquille et endormie, portée dans la chambre et étendue sur le lit par deux (ou trois) personnages à becs d'oiseaux.
Je me réveillai pleurant et criant et troublai le sommeil de mes parents. Les personnages très allongés, bizarrement drapés, à becs d’oiseaux, je les avais empruntés à la bible de Philippson. Je crois que c’étaient des dieux à tête d’épervier appartenant à un bas-relief funéraire égyptien. A part cela, l’analyse m’offre le souvenir d’un fils de concierge mal élevé qui avait coutume de jouer avec nous dans la prairie devant la maison ; je crois bien qu’il s’appelait Philippe. Il me semble ensuite que j’ai dû entendre pour la première fois de la bouche de ce garçon le mot vulgaire par lequel on désigne le commerce sexuel et que les gens cultivés appellent du mot latin coïtus mais qu’illustrait suffisamment le choix des têtes d’épervier1. J’aurais dû sans doute deviner la signification sexuelle de ce mot à la mine de ce maître si averti des choses de l’existence. L’expression du visage de ma mère dans le rêve était celle de mon grand-père que j’avais vu peu de jours avant sa mort, râlant et dans le coma.
Le sens de l’élaboration secondaire du rêve être la mort de ma mère, c’est ce que prouve aussi le bas-relief funéraire.
C’est dans cette angoisse que je m’éveillai et je n’eus de cesse que je n’eusse éveillé mes parents. Je me rappelle que je me calmai subitement en apercevant ma mère, comme si j’avais eu besoin d’être rassuré contre sa mort. Mais cette seconde interprétation a eu lieu sous l’influence d’une angoisse déjà développée. Ce n’est pas parce que j’avais rêvé la mort de ma mère que j’étais angoissé, mais c’est parce que j’étais angoissé que mon élaboration préconsciente a interprété ainsi le rêve. Mais mon angoisse, effet du refoulement, peut se ramener à un désir obscur, manifestement sexuel, qu’exprime bien le contenu visuel du rêve.“ …
1. (N. D. T) : dans l'argot allemand, ce mot se dit vögeln, de Vogel (oiseau).
Texte intégral in S. Freud : L’interprétation des rêves, chapitre VII : Psychologie des processus du rêve ; IV Le réveil par le rêve. La fonction du rêve. Le cauchemar.
Paris, P.U.F., huitième édition 1967
Pages 495-496
Dernière mise à jour :
2 June, 2008
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